LE CAFE LITTERAIRE DE GAELLE
2.06.2008
Swap noir c'est noir... mais bon !
Bonjour !

Pour ceux et celles qui n'auraient pas entendu parler des swaps et/ou habiteraient une autre planète, le swap est une invention bloguienne destinée à pourrir quelqu'un de cadeaux hors saison (j'entends, hors anniversaire, hors Noël, hors collier de pâtes de fête des mères ou anniversaire de mariage) tout en étant soi-même pourrie gâtée par un mystérieux expéditeur. Sympa non ? Il y a des thèmes qui tournent souvent autour de la lecture car les blogueuses n'ont pas envie de se faire offrir un grille-pain ou un épilateur soit-disant indolore. De la lecture donc, et des gourmandises. Ainsi, le programme du swap magistralement organisé par Fashion et Stephanie était le suivant : polars, chocolat et café. Car chacun sait que le café se déguste mal sans un excellent chocolat, et que l'ensemble se doit d'être savouré à petites gorgées, plongée dans un bon polar. Vous tenez là la meilleure equation pour oublier tout l'espace d'un moment, des enfants en train de s'affronter à l'arme blanche dans la cuisine à la pile de travail qui vous attend sur votre bureau en passant par les bonnes résolutions de janvier...

J'ai donc reçu mon colis.



Le premier colis du premier swap... quelle émotion ! C'était un gros colis qui pesait son poids (heureusement que l'info n'a pas circulé dans la poste qu'il était plein de bonnes choses, il y aurait eu une émeute. Déjà que l'expéditrice avait pris le soin de marquer dessus : "ne pas utiliser de cutter" et qu'un gars de la poste avait pris ça comme un défi et aussitôt entaillé le colis... oui je sais Stephanie, ça fait mal, mais ne t'inquiète pas : tout est arrivé entier malgré ce malappris !) et que j'ai rapporté chez moi en proie à la plus grande impatience.
Première surprise en l'ouvrant : tomber sur une belle boîte noire dont ma fille s'est aussitôt emparée d'autorité, déclarant que c'était une boîte à trésors.



J'ai cédé sur ce point car je savais que la négociation serait rude...

Puis, j'ai ouvert la petite carte envoyée avec les victuailles (littéraires et autres) par Stephanie, une des organisatrices du swap, en personne !
Les paquets étaients si nombreux que j'ai eu du mal à les faire poser ensemble sur la photo.




Puis je les ai ouverts... et à ce point du récit, les jaloux vont me tomber dessus en pagaille et vue ma carrure, je suis mal. Tant pis, je prends le risque :

Il y avait donc...Trois polars épais comme je les aime (Stephanie, tu es devin ou tu connaissais mon goût pour les pavés ?). J'en salive :



Le huit de Katerine Melville, qui se balade entre les époques et dans le monde entier...

Echec et mat de Stephen Carter, une sombre histoire autour d'un patriarche américain... J'ai un gros faible pour l'Amérique, ses excès, ses travers, ses tourments... je vais me régaler.

— Et enfin Bangkok de John Burdett, un polar exotique et sombre au pays des khmers rouges.


Je n'ai qu'un mot à dire, Stéphanie : MERCI ! Je ne connais aucun de ces auteurs mais ta sélection a l'air extra. Quel plaisir de ranger ces trois petits bonheurs à venir sur ma PAL et de la voir s'incliner encore telle une Tour de Pise...

Pour les gourmets, dont je fais partie... le paquet regorgeait de gourmandises :




Du café au sirop d'érable et noix de pécan (à l'instant où j'écris ça je me prépare à entendre sonner le tel et mes amis débarquer), "Brownie-noisette-amande"... miam miam!
Mais ce n'est pas tout : des rochers Suchard, des petits sablés faits maison absolument délicieux, du chocolat à la mousse aux noisettes et à la mousse au chocolat, des Torino... (Stephanie, ma balance ne te dit pas merci mais tout le reste de ma personne est en extase.)

Avec ma fille nous avons goûté les Torino ce matin. Sa conclusion, formulée avec respect et gravité : "Tu sais, elle est crro gentille Stephanie !"
Puis elle m'en a demandé un autre, j'ai dû lui avouer que j'étais moins gentille que Stephanie et qu'il n'était pas question qu'elle fasse main basse sur tout le butin.

J'oubliais un très joli petit carnet aux couleurs de la série noire, et deux ravissantes tasses à café. Voyez vous-mêmes...




Oui, je sais, c'est immérité d'être aussi gâtée. Mais c'est tellement bon.

Stephanie, tu es mon héroïne, à la fois comme coorganisatrice de ce Noël de janvier (au passage, un grand merci à Fashion) et comme swappeuse. Mon premier swap est fabuleux, grâce à toi mais aussi grâce à Valdebaz qui m'a envoyé un cadeau pour me remercier de mon colis...et après on dit que c'est moi qui suis folle.
Bref je me permets de rebaptiser ce swap : polars, chocolat, café, douceurs en tout genre et émotion.

A bientôt.

PS : encore un billet qui ne parle guère de littérature mais il fallait célébrer cet événement. Sinon, je vais m'intéresser pendant quelques mois au rugby, aussi j'espère que vous me pardonnerez d'avoir peu de temps pour lire des romans. Mais promis, dès que je peux je viens vous écrire un vrai billet !!!

PPS : Je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de deux des somptueux cadeaux de Stephanie : une bougie au chocolat qui embaume littéralement mon bureau et une moutarde au cacao que je vais tester bientôt !
1.21.2008
Les bonnes résolutions
Bonjour à vous, ô patients lecteurs qui jetez un œil ici de temps en temps en espérant que la patronne a ressuscité...

Il était temps, je suis sûre que vous les attendiez : mes bonnes résolutions de janvier. Elles ont été retardées par une attaque sournoise de grippe qui m'a rendue inapte à toute autre activité que méditer les yeux clos (si si, je médite), végéter sur un plan horizontal en tentant de créer un concept, m'intéresser à la marche du monde et à la géopolitique américaine (non, ça ne peut se résumer à regarder durant des heures des épisodes de séries, même si ça y ressemble), rendre des visites à mon inconscient à travers de longs épisodes de sommeil paradoxal ( ok, dormir, quoi) et ingérer la force nécessaire à me remettre sur pied.(quelques bons petits plats, le champagne étant nécessaire aussi : c'est souverain pour tuer la grippe). Mais il n'est pas trop tard alors les voici :

En 2008, je promets d'écrire plus de billets. Au moment où j'écris celle-là, je peux vous dire que je tremble car je sais que ça ne va pas tomber dans l'oreille d'une blogosphère sourde.

En conséquence, je m'engage à retrouver un rythme de lecture digne de ce nom. Sinon, de quoi vais-je pouvoir vous parler ?.. Depuis près d'un an, je souffre d'une maladie classiquement appelée la "lentite", qui paralyse les neurones à intervalles réguliers, rendant fastidieuse la lecture et faisant exploser la pensée en plein vol. Ce qui donne à peu près ceci : vous vous lancez dans un exposé brûlant sur un sujet qui vous passionne et au beau milieu : "... ce qui conditionne les réflexes les plus fondamentaux de l'être humain et inhibe le penchant naturel à la solidarité, lequel se retrouve atrophié et du même coup... euh... j'ai étendu la machine, à ton avis ?"

J'ai donc résolu de me battre contre cette maladie tel un héros de Dr House luttant à l'article de la mort. J'ai commencé par m'entraîner sur une cible facile comme Harry Potter et les reliques de la mort.



J'en profite pour m'incliner devant l'imagination et le talent de l'auteur qui a réussi à ne pas décevoir mon attente exacerbée de lectrice prompte à mordre. Oui,le dernier tome est des plus réussis et c'était encore plus dur que de faire subir une séance de pose à un soufflé, alors CHAPEAU. Ou plutôt, Choixpeau. Petit bémol : pour ma part j'aurais terminé le livre avant la fin, à un moment un peu plus cruel pour le lecteur... c'est elliptique mais je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir si vous ne l'avez pas lu et vous êtes bouché les oreilles lors de sa sortie. D'autre part, on a beaucoup reproché à JK Rowlings d'écrire des histoires assexuées mais force est d'admettre que les passages les plus faiblards de ce tome-ci comme des deux précédents sont ceux qui parlent de la vie amoureuse des héros. C'est plat, c'est longuet, ça impatiente parce que ce n'est pas tout ça, mais on est en pleine guerre des sorciers, on a autre chose à faire que de lire des pages et des pages de tergiversations sans aucun suspense ! Ajoutons qu'à seize ans révolus, nos petits sorciers en sont encore à s'embrasser maladroitement sans trop savoir à quoi ça sert, c'est dire si à Poudlard l'éducation sexuelle est négligée au profit du quidditch. A la limite, c'était peut-être mieux de les laisser assexués, vu le résultat. Tout le monde n'est pas D.H Lawrence, J.K Rowlings excelle dans d'autres domaines et Lawrence aurait été bien embêté si on lui avait demandé de raconter la quête des horcruxes ou de stupéfixer un Mangemort.

Bref. Aujourd'hui je suis passée à la vitesse supérieure avec trois romans néo-victoriens dont je reviendrai vous parler, tiens.
Ceci dit, à voir combien de journaux et de magazines restent coincés en position "Carla Bruni : cette année l'homme se porte à la taille" ou combien de biographies on a consacrées à une femme dont la trajectoire se résume à avoir épousé deux hommes, je pense que je ne suis pas la seule à souffrir de lentite. Une épidémie frappe le pays.

En 2008, je m'engage à accéler la gestation du petit-frère de l'Ancre des Rêves qui s'ennuie tout seul dans sa chambre et demande trop d'attentions, comme tous les enfants uniques. Le problème est que chez les auteurs, la gestation peut durer une décennie si on n'y prend pas garde. Il y a bien sûr les pressés qui se délivrent eux-même chaque année à coup de césarienne sauvage pour être sûrs de figurer sur les tables de la rentrée littéraire, mais il y a aussi les perfectionnistes comme Donna Tartt qui livrent un chef-d'œuvre tous les dix ans et ont intérêt à vivre très longtemps si elles veulent qu'on leur pardonne. Dieu merci, J.K. Rowlings n'est pas de cette espèce sinon imaginez le bond en avant de la violence enfantine ! Entre ces deux extrêmes, j'ai toujours su que ma nature profonde penchait vers Donna Tartt. C'est ainsi que mon cerveau a un faible pour les sujets qui demandent plusieurs années de recherche..."Tiens, et si on écrivait sur un inquisiteur au XIIème siècle en pays Cathare ? Faudrait faire des TAS DE RECHERCHES..." Et là, ses yeux s'allument et je prends peur. Cette fois j'ai donc choisi de façon autoritaire un sujet contemporain et je le tiens à l'œil.

En 2008, je m'engage à m'inscrire enfin à l'heure à un swap. Bon là,je triche un peu car je me suis déjà inscrite in extremis pour le swap "polars, littérature et café". C'est une résolution assez facile à tenir mais les autres sont un tel challenge que je voulais m'encourager un peu !

En 2008, je m'engage à me rendre au moins une fois à une réunion de blogueurs. En fait j'en ai envie depuis que je lis les compte-rendus de rencontres ici ou là, mais voilà, étant exilée à Lyon quand les deux grands pôles d'attraction sont au sud et à Paris, je ne peux jamais m'organiser assez tôt. Bref en 2008 je voudrais rencontrer mes blogueurs favoris, et ça en fait du monde. Si ça ne vous embête pas je viendrai déguisée en terre-neuva, ce sera plus convivial.

En 2008, je m'engage à vous parler d'au moins quatre auteurs français car j'ai eu des plaintes : on me dit que je favorise outrageusement les Anglo-saxons. Las, c'est un peu vrai mais en France, on a déclaré au milieu du XXème siècle que le roman était mort. Et depuis, même si des résistances téméraires et brillantes se sont formées çà et là, cernées par l'auto-fiction et longtemps pilonnées par la critique, médias et intellos se donnent un mal de chien pour qu'il ne s'en relève pas. Que voulez-vous, j'aime les histoires et les Anglo-saxons savent les écrire. Un roman de Jonathan Coe ou de Kate Atkinson me nourrira toujours plus que l'œuvre complète de Philippe Delerm ou d'Amélie Nothomb. Cela dit il m'arrive de lire aussi des auteurs français et de les trouver très talentueux. Je m'engage donc à augmenter la présence des auteurs français dans ces pages. Après tout est-ce leur faute s'ils doivent jouer des coudes entre Marc Lévy et Christine Angot, passer à minuit dans une émission où personne n'a lu leur livre, se faire ridiculiser chez Cauet ou subir la comparaison avec Balzac ?

Et enfin, en 2008, je vais tenter d'être optimiste même si je ne fais pas de jogging avec François Fillon, ne pars pas en vacances avec Kouchner et ne me détends pas en comptant mes stock-options. Au lieu d'être une pessimiste qui espère toujours qu'on lui prouve que le pire n'est pas certain, je vais tâcher de temps en temps (une heure par semaine pour commencer) d'admettre que les lendemains n'auront peut-être pas un chat dans la gorge. Peut-être chanteront-ils avec une voix un peu jazzy. Peut-être la diversité culturelle survivra-t-elle au vends-ou-crève, peut-être serons-nous un peu moins bêtes le mois prochain. Et je sais que si j'y parviens, mes efforts feront plaisir à l'élu de mon cœur. C'est déjà bien, non ?

Pour finir en beauté, je vous invite à découvrir un jeune auteur Français (et toc, résolution n°6, je ne perds pas de temps) talentueux : Mabrouk Rachedi. Et à commencer par lire son premier roman, Le poids d'une âme. Un beau titre n'est-ce pas, qui déroule derrière lui une histoire tragi-comique qu'on lit avec plaisir, se délectant d'un style élégant, ironique et souvent implacable. Alors, de quoi ça cause et qui est l'âme ?



Par une suite de coïncidences malheureuses, Lounès, jeune lycéen de la banlieue parisienne qui vit avec ses six frères (l'un est en prison), ses trois sœurs, sa mère et un père prisonnier de sa violence, va se retrouver pris dans l'étau de la justice, aveugle comme chacun sait, surtout par ces temps de terrorisme latent où la police a la bavure facile. Le récit de Mabrouk Rachedi installe les pions sur l'échiquier dans une construction des plus intelligentes pour nous entraîner avec Lounès dans une situation de plus en plus inextricable. Il mène de main de maître ses nombreux personnages, qu'ils soient flics, journalistes, chauffeur de bus ou professeur de lycée, sans parler de cette dynastie de fabriquants de cordes qui aura son importance... Entre intérêt, lâcheté, lassitude, envie d'en découdre ou de river son clou à un mari infidèle, les motivations des personnages affleurent de phrases limpides et parfois lapidaires. Et ce récit à bride abattue laisse sourdre en chemin la complexité de personnages ballottés entre un héritage douloureux, la stigmatisation policière, la rage qui pourrait tout dévorer et l'envie désespérée de s'inventer un destin différent. Naturellement Mabrouk Rachedi n'est pas réductible à un "écrivain des banlieues", de même que Sara Waters n'est pas réductible à un "auteur néo-victorien" (encore moins maintenant qu'elle a écrit sur le Blitz !). Si un auteur commence souvent par écrire sur un sujet qui le touche particulièrement, un bon romancier peut investir le sujet qu'il veut, l'époque qui lui chante, qu'il en ait ou non l'expérience. Si Stephen King écrit des récits d'horreur ce n'est pas parce que son talent est limité à ce genre mais parce que ce genre est celui qui colle le plus étroitement à ses obsessions. Je souhaite donc beaucoup de frères et sœurs au Poids d'une âme, et si vous voulez découvrir un peu son auteur je vous invite à faire un tour sur le site Auteurs tv. Un site où on laisse parler les écrivains et où l'intervieweur s'efface complètement pour mettre en valeur son invité. Ah, j'oubliais : les interviews y sont déconnectées de l'actualité : je sais, j'avais du mal à y croire moi aussi mais ça existe. De quoi être optimiste, au fond.


Très bonne année à tous, bonnes résolutions et à très vite...

Gaëlle


PS : j'étais à deux doigts de lancer une chaîne bloguienne des bonnes résolutions mais j'ai eu pitié de vous !
12.19.2007
Tous mes amis le sont....
Bonjour à tous !

Ce billet est dédié à Cuné qui m'a refilé la patate chaude et à Fashion Victim qui a toujours des idées aussi exquises qu'originales. Il s'agit donc de parler de mes petits snobismes. Evidemment, si on me le demande, je ne suis pas snob pour un sou. J'ai appris ce qu'était le snobisme en lisant Proust et autant vous dire que la peinture qu'il faisait des snobs ne donnait pas très envie d'appartenir à leur côterie. Mais ça n'empêche pas qu'à mes heures... enfin j'ai certaines exigeances et je tiens à ce que j'appellerais mes "particularités". Les voici, donc, puisqu'on m'oblige à les avouer !

1. Je ne lis JAMAIS un livre qu'on m'a conseillé de lire ou forcée à lire... je sais, c'est assez gonflé de ma part, alors qu'ici je passe mon temps à conseiller des bouquins en espérant de tout cœur que la contagion s'étendra ! Mais c'est une habitude tenace qui vient du collège, voire même avant. J'ai toujours considéré la littérature comme un jardin privé où je pouvais vagabonder en totale liberté, sans aucune espèce de contrôle. Toute petite, je planquais des livres sous mon lit et j'allais débusquer ceux qui étaient planqués dans "l'enfer" de la bibliothèque de mon arrière-grand-mère... quand mes professeurs se sont avisés de m'obliger à lire des livres "au programme", j'ai trouvé ça tout à fait saugrenu, pour ne pas dire un acte d'autoritarisme insupportable.
Aussi ai-je toujours pris un malin plaisir à lire toujours un autre livre que celui qui était au programme. Par exemple, si on me forçait à lire Germinal (programme de seconde, je ne l'ai jamais lu), je lisais Thérèse Raquin et Le ventre de Paris. Si on me forçait à lire sous la menace d'une arme Le rouge et le noir, je le survolais et lisais derechef La chartreuse de Parme. Puis je passais le trimestre à expliquer pourquoi La chartreuse de Parme était aussi délicieux que Le rouge et le noir était désagréable.

Et encore aujourd'hui... si on me prête un livre ou qu'on me l'offre, je risque de le lire... mais dans plusieurs mois, dans un an, bref, quand on aura oublié son existence et que je le redécouvrirai sur un rayon de ma bibliothèque ! Mais bien sûr, ça n'empêche pas que j'adore qu'on m'offre des livres et qu'on m'en conseille... Je suis d'une rare indépendance, quand il s'agit de lecture. Je ne supporte tout simplement pas la contrainte. Je suis une anarchiste de la lecture. Et je le reconnais, c'est un peu snob.

2. Mon idéal masculin est un personnage de roman. Vous me direz, je suis sûre que je ne suis pas la seule.. rien que parmi les blogueuses, voyons, si on faisait un sondage...
Un jour, j'avais huit ans, j'ai ouvert un roman qui traînait dans la maison et dont la présence chez moi était pour le moins incongrue. (25 ans d'enquête patiente plus tard il s'avère qu'il appartenait à mon père... quelle midinette celui-là !) C'était Jane Eyre.



Et j'ai vécu le vrai choc amoureux, celui qui vous retourne le cœur et vous le transforme à jamais. Edward Rochester est devenu pour moi la quintessence de l'âme-sœur. Si j'avais su que dans la vraie vie, les Rochester sont une espèce en voie d'extinction et que ce choix allait me destiner à des déceptions en nombre... j'y aurais réfléchi à deux fois ! Mais bon, on ne se refait pas. Jane Eyre est le livre que j'ai le plus relu entre huit et dix-sept ans, certaines pages sont encore gondolées par des larmes vieilles de quinze ans. Et je considère toujours que l'homme idéal est un personnage captivant, profond, d'apparence hostile mais dont la surface rugueuse cache un cœur battant et un être en fusion, et qui a une femme folle cachée au grenier, histoire de pimenter un peu la vie. Du même coup, la beauté de Brad Pitt m'a toujours laissée des plus indifférente. Pour toujours, je suis touchée par le charme d'un homme et je n'aime pas les beautés lisses. Je n'aime pas le lisse, tout court. J'aime les personnalités bien trempées et les hommes qui savent aimer. Tout est de la faute de Charlotte Brontë et d'Edward Rochester.
PS : je ne tiens plus trop à la femme folle planquée au grenier, aujourd'hui. Ni aux vicissitudes de la vie qui rendent Rochester infirme pour que le happy end ne soit pas trop happy.

3. J'ai des amoureux post-mortem. Ce qui est très snob. Il y en a qui se contentent d'être sorties avec Patrick au CM2 qui avait un appareil dentaire, ou avec Jean-Paul qui chevauchait une moto rouge et avait un problème de salive... moi, j'ai trois amoureux post-mortem que je chéris et vais parfois visiter au cimetière (pour ceux dont je connais la tombe). Le premier, c'est Robert Desnos.



Ah, Robert... Je suis tombée amoureuse quand j'avais seize ans, en classe de français (ce qui contredit mon petit 1, mais je ne suis pas à une contradiction près. Desnos était en effet au programme, mais ce fut mon seul engouement de l'année).

"Deux montagnes étaient semblables de forme et de dimensions.
Tu es sur l'une
Et moi sur l'autre.
Est-ce que nous nous reconnaissons ?
Quels signes nous faisons-nous ?
Nous devons nous entendre et nous aimer.
Peut-être m'aimes-tu ?
Je t'aime déjà.
Mais ces étendues entre nous, qui les franchira ?
Tu ne dis rien mais tu me regardes
Et, pour ce regard,
Il n'y a ni jour ni étendue
Ma seule amie mon amour."


Que voulez-vous, j'ai lu ça et forcément, j'étais cuite... Depuis j'ai suivi Robert partout. J'ai emprunté mille fois les itinéraires qu'il aimait tant dans le vieux Paris des Halles, du quartier St Jacques-La-Boucherie, du quartier de l'Horloge au cloître St Merri et à l'abbaye-St Germain-l'Auxerrois... Ses mots m'ont escortée des années durant et m'accompagnent encore telles des langues de feu dont la brûlure me régénère et m'apaise.

Après, il y a Albert Camus.







Bon je sais, Robert, Albert... ça fait un peu daté mais mes amoureux post-mortem ont l'âge qu'ils ont. Et Albert Camus, excusez du peu.... il écrase facile une bonne partie des hommes de cette planète, vous en conviendrez, tant au niveau de la personnalité que du talent et sans parler du charme...
Et enfin, Emmanuel D'Astier de la Vigerie, qui fonda au tout début de la guerre de 40 un des grands mouvements de Résistance : Libération-Nord, aux côtés notamment de Lucie Aubrac.




D'Astier prit très tôt le contrepied de sa famille pour aller se battre durant la guerre d'Espagne, puis en s'engageant dans la Résistance. Là encore, je tombai amoureuse en lisant son livre : sept fois sept jours. Depuis, je ne rate pas l'occasion d'aller lui offrir mes pensées quand je passe au cimetière du Père Lachaise.
Je sais, c'est très snob d'obliger son amoureux à succéder bon an mal an à trois hommes exceptionnels, chacun dans son genre, dont deux artistes hors pair. Et qu'il ne puisse rien dire ni montrer de la jalousie sans avoir peur du ridicule. Ni les effacer d'un revers de manche... puisqu'ils sont un peu connus. Sinon, le grand avantage des amoureux post mortem c'est qu'ils sont faciles à vivre, toujours d'accord avec vous (quoique Camus se montre parfois assez retors dans les discussions politiques), toujours à disposition mais d'une discrétion rare quand vous avez envie d'avoir la paix.

4. Quand je suis très déprimée, j'ai des remèdes bien à moi. Au lieu de lire le dernier roman en date de la chick litt' (bien que j'aie aussi un faible pour "Sex and the city"), je préfère me plonger par exemple dans le journal de Marie Bashkirtseff. La connaissez-vous ? Cette jeune-fille extraordinaire vécut au XIXème siècle à Paris et mourut à vingt-six ans de la tuberculose.



Entre temps, elle fut peintre, sculpteur et elle écrivit ce journal qui est une petite merveille, et où on lit par exemple :

"A part les rires et les chansons, si je traduisais mes pensées avec la brutalité qui me caractérise, Je dirais qu'il me tarde de me marier pour devenir la maîtresse de M. de Cassagnac."

Ou encore :

"C'est au mois de février que j'ai été le plus amoureuse du duc, c'est aussi au mois de février que je suis devenue amoureuse d'Audiffret, c'est au mois de février également que je l'ai été d'Antonelli et c'est encore au mois de février que je le suis devenue d'Alexandre. A ma place je prendrais garde puisque nous sommes au mois de février."


Lire les émois et les bonheurs de cette jeune personne piquante et irrésistible me rappellent que les choses de la vie et de l'amour n'ont jamais cessé d'être compliquées, sans parler de la psychée féminine et de ses abysses. C'est réconfortant. Marie, où que vous soyiez, merci !

5. A mes yeux, être cultivé fait partie des charmes essentiels d'une personne. Alors c'est vrai que j'apprécie aussi de passer une soirée avec des copains qui ne s'intéressent qu'au foot et pour qui aller au cinéma se résume à voir Spiderman III (que j'ai vu aussi), qui ne comprendraient pas qu'il me soit arrivé d'aller voir des films chinois longs de trois heures ou un festival de cinéma polonais en V.O. (nous étions deux dans la salle et ce fut TRES long). Mais quand même, je préfère pouvoir échanger des heures durant avec quelqu'un (ou quelqu'une !) de curieux, de cultivé, et pour qui la Nuit de Cristal n'est pas la dernière animation des vitrines de Noël des Galeries Lafayettes. Et un homme qui lit, croyez-moi... c'est beaucoup plus séduisant que l'adoptionnite aiguë de Brad Pitt.

6. J'ai un peu de mal avec tout ce qui est "hyper à la mode" en terme de littérature. Par exemple, l'Elegance du Hérisson que je lirai peut-être... dans quatre, cinq ans.
Ou Beigbeider, que je trouve très surestimé. Ou tous les poseurs qui pensent qu'écrire est le marchepied pour être convié aux soirées privées de Karl Lagerfeld, et qu'on n'écrit bien qu'après avoir éclusé plusieurs boîtes VIP et être rentré l'œil hagard à quatre heures du matin. En vérité, entre le glamour et la littérature, il faut souvent choisir. Il y a un côté assez monacal dans l'écriture, lâchons le mot, même si je comprends que pour draguer, dire qu'on passe ses journées à écrire entre quatre murs et que le soir on est vanné... ne soit pas l'argument massu.

7. Rien à voir avec la littérature... mais je n'aime pas les Bronzés. Ça ne m'a jamais fait rire, à peine sourire, et je trouve qu'avec le temps ils sont devenus lourds comme un baba au rhum qui aurait trempé dans de la mélasse et séjourné ensuite dans la crème chantilly un peu trop longtemps. Et quand je vois qu'ils ont trouvé le moyen de massacrer un petit film que j'adorais quand j'étais petite, L'auberge rouge de Claude Autant-Lara, avec leurs rires bovins et leurs gros sabots... je me demande quand ils partiront enfin à la retraite, qu'on puisse rigoler de choses drôles. C'est d'aileurs injuste que les Anglais aient les Monty Python quand nous avons les Bronzés, vous ne trouvez pas ? Et si on a les comiques qu'on mérite, qu'avons-nous fait au Ciel ??
(je fais toutes mes excuses à ma cousine préférée qui les aime et est capable de réciter des films entiers, réplique par réplique.)

8. Une petite dernière. J'ai un préjugé de snobinarde envers Prison Break. Je refuse de le voir et chaque fois qu'on m'en parle, je rétorque : "Bah... moi j'adorais Oz, rien à voir. Une série exceptionnelle, des acteurs brillantissimes, des scénarios noirs de chez noirs, une profondeur... enfin bref, je ne pourrai jamais me faire à Prison Break", avec l'air sceptique et blasé de celle à qui on ne fera jamais croire qu'un Beaujolais nouveau arrive à la cuisse d'un Pernand-Vergelesse.



De la même manière, j'explique à qui veut l'entendre que toutes les séries pâlissent devant Twin Peaks. Alors qu'en douce, je regarde et suis totalement accro à Dexter, Medium, Desperate Housewives, Dr House, etc, etc, etc. Mais chuuut... si on me questionne, je m'en tiendrai à un seul mot : David Lynch.


Finalement, en cherchant bien j'aurais pu encore en aligner quelques uns, des snobismes... donc merci les filles de m'avoir forcée à affronter ma vraie nature. Et parce que ce questionnaire semble avoir été créé pour eux, j'attends de Thom et de Gaël qu'ils s'y collent à leur tour.

Bonne soirée et si je ne reviens pas poster d'ici là, très joyeux noël à tous !

Gaëlle

PS : Oups, toutes mes excuses à Magda qui, la première, a lancé la revendication provocatrice de la snobitude...
12.05.2007
Je suis jalouse...
... de toutes les formes d'art qui ne sont pas la mienne. Je sais, c'est petit, comme attitude. J'essaie de me corriger mais rien à faire, je serai toujours jalouse d'un dessinateur qui en deux coups de crayon, exprime ce qu'il me faudrait dix pages pour effleurer. D'un musicien qui me tord le cœur avec une seule note tenue assez longtemps, avec une harmonie qui fait perler les larmes au coin de mes paupières. D'un cinéaste qui sait combiner un angle de caméra et un éclairage particulier pour mettre en lumière en chuchotement.

Et même une chanson, tenez... une chanson, ça n'a l'air de rien, c'est même confondant de simplicité : quelques mots en général pas compliqués, quelques rimes, trois couplets, un refrain, une mélodie... ça nous semble inoffensif mais le temps de le dire, la chanson est entrée en vous et s'est mélangée au tissu de votre vie, l'a imprégné, parfois si durablement que des années plus tard il vous suffit de l'entendre pour être transporté bien malgré vous dans un souvenir. Encore plus dangereux qu'une madeleine de Proust.

Alors évidemment, que les chansons vous collent "encore et encore", comme dirait Voulzy (dont je ne suis pas particulièrement fan) ne signifient pas qu'elles sont bonnes. Certaines sont franchement nulles, irritantes au possible, c'est même le gros du bataillon, il suffit d'écouter un peu les grandes radios musicales pour s'en convaincre. Celui qui s'est déjà réveillé, comme moi, avec en tête le générique de Dora l'exploratrice ou "Sous le vent" chanté par Celine Dion et Garou (le duo qui tue, je suis sûre que le nombre de morts est étouffé en haut lieu) comprendra ce que je veux dire...

Et puis parfois, une chanson est une petite merveille. Est-elle une merveille universelle ou seulement pour moi ? Peut-être que d'aucuns, lui appliquant une grille de critères techniques redoutables, viendraient m'expliquer qu'elle n'est pas bonne, mais... je m'en fous. Elle m'a attrapée un beau jour, parce que je passais par là ou juste parce que ce moment que je vivais méritait d'être éternisé et que le hasard lui a offert une bande son, pour l'éternité. J'ai comme ça, dans mon I pod, des centaines de chansons qui sont périlleuses à écouter, que j'évite souvent... car si je suis prête à entendre de la musique, je ne suis pas toujours prête à certains voyages dans le temps. Cependant, je les garde pour le jour où je serai à nouveau capable capable d'écouter l'une ou l'autre et de me retrouver projetée dans ce jour d'hiver où j'écoutais cette chanson dans un café en tombant amoureuse, ou dans cette journée ensoleillée où je marchais au rythme de la musique en sentant bouger un bébé dans mon ventre.

Thom avait lancé un crossover, il y a de ça un moment, et il est plus que temps que je participe. Quoi, je me réveille un peu tard ?? L'important est de se réveiller, non ?..

J'aurais pu évoquer Barbara, mais Sandra s'en était déjà chargée avec infiniment de talent et de sensibilité. C'est vrai que Barbara a été LA chanteuse qui a bercé mon adolescence. Je connaissais par cœur tout son répertoire, je le chantais en adoptant jusqu'à ses intonations écorchées vives... ah, "Ma plus belle histoire d'amour c'est vous", "Marienbad", "Joyeux Noël"... c'est bien simple, j'avais seize ans et mes dents de lait saignaient encore mais c'était ma vie, mes blessures, mes amours, mon avenir que j'écoutais dans la voix de Barbara. Une vraie tragédienne en herbe, j'étais, quelque part entre Camille Claudel et Sarah Bernardt...

J'aurais aussi pu parler de tous les trucs honteux que j'ai aimés à certaines époques... de Didier Barbelivien (saluez mon courage d'oser avouer ça au risque de voir toute votre estime, si chèrement acquise à coup de Michel Faber et de Chandler, tomber en poussière) à Michel Delpech. Ah, "les oies sauvages", "les divorcés"... Déjà à l'époque, je me disais bien que ce n'était pas du tout normal de s'entendre si bien avec son ex femme, au point de lui écrire une chanson aussi guimauve. Et vous savez quoi ? Je le pense toujours. C'était louche. J'espère que son ex-femme n'a pas flanché.

Brisons ce suspense insoutenable : j'ai décidé de vous parler de quelques chansons que j'aime terriblement, chacune à leur manière. La sélection a été très dure, je sais que beaucoup de morceaux sont vexés et il ne faudra pas que je m'étonne s'ils déraillent à la prochaine écoute, je ne l'aurai pas volé. Mais tant pis, choisir c'est renoncer, paraît-il, même si cette définition m'a toujours chagrinée. Ah, je précise que mes chansons ne sont pas classées par ordre de préférence mais de manière tout à fait capricieuse et aléatoire.

1. Le chercheur d'or, D'Arthur H.

Un beau jour, à la fnac, je suis tombée en amour avec Arthur H et son album, "Adieu Tristesse". J'aimais tout, la voix chaude et rauque, les textes, les duos, sensuel avec Feist (superbe chanson que "la chanson de Satie"), joyeux avec M, émouvant avec son Higelin de père... Mais ma chanson préférée a toujours été le Chercheur d'Or. J'aime les chansons qui racontent une histoire. Celle-ci contient un monde en soi, chaud et poignant. Je ne peux pas écouter cette chanson sans sentir s'emballer mon cœur étreint par une émotion violente.



Le Chercheur d'Or


San Francisco , 3 mai 1880
Ton Eugène
Chère Marie ne t’inquiète plus
Le chirurgien a dit hier
Que la gangrène n’a pas pris
Que la chance est avec moi
Certes je perds une jambe
Mais il me reste bien l’autre...
Oh Marie, si tu savais
J’ai creusé le roc
Comme à main nue
Entouré de misérables,
De Polonais et aussi quelques Français
Oh Marie, nous autres
Les errants, les chercheurs d’or,
Si nous ne vivons que par elle
La montagne nous dévore

Tout est bon
Ici ça va
Je suis vivant
Ici c’est bon
Je suis sauvé
Ici ça va
Je suis vivant

Dès l’aurore résonne
Le tonnerre de la dynamite
Des blocs de roches s’affaissent
Dévalent le long des ravines
Oh Marie, à chaque seconde
L’avalanche me désire et me frôle
Ce matin-là, elle me prodigue
Ses plus douces caresses
Amoureusement elle m’enlace
Je suis son amant

Tout est bon
Ici ça va
Je suis vivant
Ici c’est bon
Je suis sauvé
Ici ça va
Je suis vivant

Oh ma chère Marie
Enfin c’est l’heure du secret
Tu vois sous mes draps
Il y a un petit sac en cuir noir...
Ce qui illumine ma main
C’est de la poussière d’or, Marie
Regarde comme je brille
Regarde comme nous sommes riches

Sens sur ton visage
Ce vent qui te lave
Et qui gonfle les voiles
De ce vaisseau qui quitte la rive
Oh Marie, adieu la mort
Adieu l’Amérique

Tout est bon
Ici ça va
Je suis vivant
Ici c’est chaud
Je suis sauvé
Ici ça va
Je suis vivant



2. Du Sepia plein les doigts, Vincent Delerm.

J'aime tellement cet album, "Les piqûres d'araignée" qu'il a survécu à une écoute en boucle pendant des mois. Une performance rarissime en ce qui me concerne, surtout que je n'aimais que très modérément Vincent Delerm jusqu'ici. Reste que sur cet album excellent, cette chanson est un bijou à elle seule : pertinente, provocatrice, un miracle d'équilibre entre la mélodie et le texte. Si vous l'écoutez, le seul risque est qu'elle ne veuille plus quitter votre tête. Je sais de quoi je parle, ça fait des mois que je me réveille un matin sur deux avec le refrain sur la langue, quand ce n'est pas un couplet qui tape l'incruste à l'improviste, tout ça parce que je déjeune dans un restaurant où la déco a l'air tout droit sortie des "Choristes", ou que je viens d'entendre quelqu'un s'écrier que l'éducation se perd... bref, cette chanson est dangereuse et j'ai mauvaise conscience de participer à la contagion. Tant pis, je dirai trois Pater et quatre Ave, pour la peine.






Du Sepia plein les doigts


Tiens tiens, les pensionnats
Les chanteurs à croix bois, les taloches, les coups d'trique,
la Troisième République

Tiens tiens, les belles images,
Les enfants du marécage,
le vrai goût des vrais fruits dans une vraie épicerie

Tiens ça r'part en arrière,
noir et blanc sur poster.
Maréchal nous voilà!
Du sépia plein les doigts
A quoi elle pense en s'endormant,
cette jolie France,
confiture Bonne Maman.
Elle pense pense pareil, pareil qu'hier
Avant Simone Veil, avant Badinter.

Tiens tiens,
on respirait du jasmin du muguet
et l'air à plein poumons dans les mines de charbon.
Les chansons d'avant guerre, ça on savait les faire
Viens Poupoule, hue Pépette, alors on s'fait pouet pouet...

Tiens ça r'part à l'envers,
porte plume d'écolière.
Maréchal nous voilà!
Du sépia plein les doigts
A quoi elle pense en s'endormant,
cette jolie France,
confiture Bonne Maman.
Elle pense pense pareil, pareil qu'hier
Avant Simone Veil, avant Badinter...



Et pour finir, tenez... une petite chanson toute simple, une chanson de rien du tout, qui ne marquera pas l'histoire de la musique, que la majorité d'entre vous oubliera bien vite. D'ailleurs ça m'étonne qu'elle me soit restée comme ça dans la tête... Deux ans que ça dure ! Délivrez-moi, je vous en prie.

Alors bien sûr, c'est Sandrine Kiberlain qui chante et je ne suis pas sûre que toutes les bonnes actrices devraient décider qu'elles sont aussi chanteuses. Mais voilà, en l'occurence j'aime beaucoup Sandrine Kiberlain et le fait que ce soit elle qui chante, avec une voix qui n'est pas vraiment travaillée, imparfaite au possible, joue son rôle dans la façon dont cette chanson me touche.






J'ai aimé, par Sandrine Kiberlain

J'ai aimé...
Je l'sais c'est particulier
J'ai aimé
Sa peau collée à la mienne,
Des jours et des jours
De plusieurs semaines...

J'ai aimé

J'ai aimé
C'est sûr je l'ai ressenti,
Et plus d'une nuit
De ma petite vie...

J'ai aimé
Je l' sais c'est particulier
J'ai aimé
Cet homme, son regard sur moi
Pendant plusieurs mois
Plus d'un an je crois...

J'ai aimé

Je l' sais c'est particulier
J'ai aimé
Ses mains qui cachaient mes yeux
Pour oser les jeux
Les jeux amoureux.

j'ai aimé
Je l' sais c'est particulier
J'ai aimé
C'est vrai j'ai aimé ses airs
De n'pas avoir l'air
De vouloir me plaire

J'ai aimé
Je l' sais c'est pas singulier
J'ai aimé
Je l' sais c'est particulier

J'ai aimé
Cet homme tellement et si fort
Que je l'aime encore
Que je l'aime encore

J'ai aimé....


Alors oui, je suis jalouse de cette alchimie musicale qui fait qu'une phrase toute simple vous entre dans le cœur pour n'en plus sortir. Jalouse, parce que je serais bien en peine de vous dire, comme ça, à chaud, quelles phrases de quels romans m'ont fait pleurer ou rire. Mais je peux retrouver sur le champ — et vous aussi j'en suis sûre — une bonne trentaine de morceaux de chansons qui se sont étroitement noués à ma vie et à ma mémoire.

Bonne soirée à tous, et merci, Thom pour cette excellente idée de crossover.

Gaëlle
11.02.2007
Seul contre tous, le héros selon Polanski
Bonjour à tous,

Je profite d'un peu de temps libre pour vous écrire et cette fois je suis venue vous parler de cinéma, pour changer !

Ces dernières semaines, j'ai revu coup sur coup plusieurs films de Polanski. C'est un cinéaste que j'aime tout particulièrement, depuis mon âge tendre. Je me suis souvent demandé pourquoi, mais je crois pouvoir avancer aujourd'hui quelques raisons : d'abord parce que s'il a tâté de tous les genres, du film d'horreur au drame psychologique, du film en costumes à la comédie pure, chacun de ses films porte une empreinte particulière et toutes ces empreintes, d'un film à l'autre, créent une œuvre puissante, talentueuse et singulière. Il m'arrive souvent devant un film de me dire qu'il aurait pu être réalisé par quelqu'un d'autre sans que ça se voit... mais certains cinéastes, parmi lesquels Lynch, Scorsese, De Palma ou Polanski, ne pourraient être échangés.
Certains films de Roman Polanski me sont entrés dans la tête et ne m'ont jamais quittée. Leurs images sont là, intactes, lorsque je ferme les yeux. Ainsi en est-il de celles du Locataire. Je l'ai revu dernièrement mais nombre de ses séquences étaient encore imprimées sur ma rétine, près de quinze ans après l'avoir vu pour la première fois. La force du cinéma de cet auteur trouve en moi une proie consentante, telle la victime ensorcelée qui offre son cou. Dès le générique j'accepte de suivre sa caméra où elle m'entraîne, tout en sachant que le voyage ne sera ni facile ni toujours joyeux, que les surprises seront macabres et que je n'atteindrai pas dans la sérénité le rivage du générique de fin. J'accepte tout cela par jeu de spectatrice, mais surtout parce que s'il malmène son public, Polanski l'émeut plus encore. Si je vous dis ça, vous penserez au Pianiste et à la silhouette poignante de cet homme décharné titubant dans les ruines de Varsovie.



Mais je pourrais vous parler aussi de la détresse hurlante de Trelkowski, trop gentil locataire étouffé par la méchanceté de ses voisins, ou de Tess, qui suit bravement la route que le destin a savonnée pour elle.



Je pourrais même ajouter le regard aux abois de Carol, la jeune manucure de Repulsion, même si dès lors qu'elle a commis un premier meurtre et que nous la savons dangereuse, la compassion qu'elle inspire se trouble de... répulsion, justement.

Polanski est certainement l'un des cinéastes à avoir le mieux parlé de la solitude et de l'angoisse qu'elle génère.



Le vertige de tourner en rond dans un appartement, de regarder par la fenêtre en espérant que quelqu'un de bienveillant vous parlera, saisira les signaux muets que votre corps inutile émet. Ses héros sont souvent profondément seuls, rongés de l'intérieur par ce silence de l'âme que viennent trancher, soudain insolites et effrayants, les bruits des objets, de la matière inerte ou animée : ainsi la jeune Carol entend-elle avec de plus en plus d'acuité les sons qui l'entourent, de la goutte d'eau du robinet mal fermé aux échos de la rue.
S'ils sont seuls, ces personnages ne le sont pas seulement affectivement. Parfois même ont-ils quelqu'un dans leur vie, comme Rosemary dans Rosemary's baby, ou quelqu'un qui aimerait y entrer, tel ce garçon patient qui aime Carol et le paiera cher... Leur solitude est totale. Elle est sociale, psychologique, affective et parfois même politique. Leur situation les coupe des autres... ou bien seraient-ce ces autres malintentionnés qui les enferment en eux-mêmes jusqu'à la folie, les privant même de l'envie de fuir ?

Ce qui est sûr, c'est que le héros polanskien a le plus souvent le statut d'étranger dans la communauté où il vit. Dans Repulsion, Carol la manucure vit à Londres avec un accent français alors que sa sœur parle un anglais parfait, et sa hantise des hommes l'enferme dans une détresse sans mots. Trelkowski est un Polonais naturalisé français que tout le monde s'entête à traiter en étranger et que son accent stigmatise. Le touriste américain de Frantic est d'autant plus désespéré que personne ne le comprend à Paris. Quant à Wladyslaw Szpilman, le pianiste, les Nazis ont fait de lui un proscrit dans son pays. Du statut d'étranger découle tout naturellement l'incompréhension, le mépris, le rejet. Mais parfois, le personnage est l'intrus d'une communauté dont il comprend les rouages parce que ces rouages le font frémir... C'est le cas de Rosemary, découvrant peu à peu que ses gentils voisins sont une bande d'adorateurs de Satan qui l'ont prise au piège.



Ou de Gittes, le détective de Chinatown, qui avance dans une intrigue où tous les pourris ont partie liée ; un véritable marécage.

A mesure que le film progresse d'une révélation négative à l'autre, le héros polanskien relie la solitude où il est enfermé à la malveillance du groupe qui l'entoure et fait bloc contre lui. A partir de là, le complot prend forme : on veut le faire taire, le réduire à merci, lui voler son bébé, le violer encore et encore, l'exterminer. Mais le génie machiavélique du cinéaste est de préserver presque toujours l'ambiguitë : son personnage est-il fou ? A-t-il dérapé, s'imagine-t'il la conspiration, ou est-il le seul à détenir une vérité incroyable ? D'un film à l'autre, Roman Polanski a peu ou prou toujours raconté la même histoire : un individu est manipulé par un groupe à l'intérieur duquel il représente l'étranger. Plus ou moins naïf quand le film commence, ses yeux se dessillent peu à peu et il comprend toute la portée du piège dans lequel il se débat. Mais selon les films, la caméra oscille, telle une aiguille, entre ces deux pôles : complot réel de l'extérieur, délire schizophrène du héros. Dans Repulsion, il est évident que la balance penche dès l'origine vers la folie, même si la folie ne saurait tout expliquer du mal être de Carol. Il est des choses qu'on ignore, des blancs tragiques ont conduit la jeune femme au stade où le spectateur fait sa connaissance, stade où il est sans doute déjà trop tard. Ce film a tout de l'étude d'un cas clinique, même s'il égare le spectateur à dessein dans un scénario de film d'horreur.




Dans la plupart des films, cependant, Polanski joue parfaitement de l'ambiguitë en utilisant la caméra subjective : tout ce que nous voyons pourrait être vu par le héros. Nous découvrons l'intrigue par ses yeux, ce qui présente deux avantages de taille pour un cinéaste expert dans l'art de ruser avec le spectateur : tout d'abord, nous nous positionnons d'instinct "du côté" du héros : nous sommes avec Rosemary, avec Gittes, avec le pédiatre de Frantic, y compris quand ce dernier saisit la piste la plus improbable (celle d'un enlèvement) pour expliquer la disparition de sa femme dans un hotel parisien. Nous sommes disposés à croire ce qu'ils croient. Mais dans un deuxième temps, cette indentification permet au doute de faire irruption au moment choisi par le réalisateur : ainsi, dans Rosemary's baby, nous nous persuadons peu à peu que Rosemary est manipulée par ses voisins avec la complicité de son mari.



Il nous semble clair qu'elle a été droguée, violée, mise enceinte par des forces obscures. Nous nous convainquons qu'elle est entourée de sorciers et que même son obstétricien appartient à la secte. C'est alors que Rosemary tente une de ces "fausses fuites", chères aux héros polanskiens, c'est à dire une fuite qui se révèle un cul de sac. Elle se réfugie chez un autre gynécologue, qui la reçoit. Elle se met à lui expliquer par le menu tout ce qui lui est arrivé, tout le complot, et soudain ses paroles nous paraissent des plus farfelues, délirantes ; nous voilà dans la peau du médecin qui l'écoute et se dit qu'elle souffre d'une dépression paranoïaque liée à sa maternité. Le doute naît alors dans le cerveau des spectateurs : ont-ils été abusés ? Rosemary est-elle folle ? S'imagine-t-elle ces choses ?



Dans Le Locataire, cette ambiguitë entre complot et folie paranoïaque est encore plus frappante. Prenons un jeune homme timide à l'accent polonais, charmant et sans histoires. Il loue un appartement et tente de se faire accepter par une communauté de résidents hostiles. Mais peu à peu, il se persuade que les gens de l'immeuble veulent le mettre dans la peau de la précédente locataire, Simone Choule, qui a fini par se défenestrer. Tout le monde semble conspirer contre lui, du gentil barman du café d'en face à son propriétaire intransigeant. Des gens l'épient, le tyrannisent. Puis il se met à voir des choses qui n'existent pas ; le réel et le délire se mêlent si intrinsèquement qu'à la fin du film, le spectateur troublé serait bien en peine de se prononcer sur ce qui a causé la perte de Trelkowski, de la méchanceté concertée de ses voisins ou de sa propre psychose.




La fiction est de loin le meilleur moyen de raconter une conspiration. Prenez une foule qui dit "blanc", et un individu qui hurle "noir !". En terme de vérité objective, la majorité a tendance à l'emporter... sauf si, par les moyens d'une œuvre de fiction, vous avez pris le spectateur (ou le lecteur) par la main et l'avez attaché dès le début aux pas du pauvre "fou" qui jure que les autres mentent. Alors, vous serez disposé à croire que cet homme a raison contre tous. Et même si cette vérité est étouffée par les puissants, elle restera à jamais entre celui qui la détient... et vous. Après la dernière image de Chinatown, l'amertume que vous partagez désormais avec le détective Gittes s'éternisera dans votre bouche.



Et vous plaindrez la pauvre Rosemary, que sa lucidité et sa bravoure n'ont fait que ligoter davantage à un destin funeste.

Pour conclure, je ne pouvais pas ne pas parler du Pianiste. Car s'il est une vérité qui fut des plus difficiles à croire, et que certains aujourd'hui encore s'acharnent à nier, c'est bien celle d'une conspiration visant à éradiquer un peuple entier, au point qu'il ne resterait plus trace de ces millions de victimes. Ce crime parfait, on le sait, connut quelques ratés qui permirent à la vérité de sourdre. Mais encore une fois, seule la fiction a le pouvoir de nous lier à l'un de ces êtres qui furent progressivement exclus de la société, enfermés dans des ghettos de plus en plus étroits, privés de droits et de dignité, avant d'être conduits vers le cul de sac d'Auschwitz.



Comme si tous ses films avaient dû nous mener à celui-ci, et tous les complots à la Shoah, le Pianiste met en scène le premier héros polanskien qui parvient véritablement à fuir : grâce à la musique mais surtout, pour la première fois, grâce à la solidarité positive d'autres frères humains.


Sur ce, je vous laisse, et si vous voulez revoir quelques-uns des films dont je viens de parler, ne vous gênez pas ! A l'exception de Frantic, qui a un peu vieilli, la filmographie de Polanski traverse le temps sans une ride et c'est un plaisir de la revisiter.

A bientôt...

Gaëlle