tag:blogger.com,1999:blog-277379322008-05-17T20:02:10.467+02:00Le café littéraire de GaëlleGaëllehttp://www.blogger.com/profile/03629057035349691927noreply@blogger.comBlogger48125tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-43512622714569957282008-02-06T12:37:00.000+01:002008-02-08T07:32:39.222+01:00Swap noir c'est noir... mais bon !Bonjour !<br /><br />Pour ceux et celles qui n'auraient pas entendu parler des swaps et/ou habiteraient une autre planète, le swap est une invention bloguienne destinée à pourrir quelqu'un de cadeaux hors saison (j'entends, hors anniversaire, hors Noël, hors collier de pâtes de fête des mères ou anniversaire de mariage) tout en étant soi-même pourrie gâtée par un mystérieux expéditeur. Sympa non ? Il y a des thèmes qui tournent souvent autour de la lecture car les blogueuses n'ont pas envie de se faire offrir un grille-pain ou un épilateur soit-disant indolore. De la lecture donc, et des gourmandises. Ainsi, le programme du swap magistralement organisé par Fashion et Stephanie était le suivant : polars, chocolat et café. Car chacun sait que le café se déguste mal sans un excellent chocolat, et que l'ensemble se doit d'être savouré à petites gorgées, plongée dans un bon polar. Vous tenez là la meilleure equation pour oublier tout l'espace d'un moment, des enfants en train de s'affronter à l'arme blanche dans la cuisine à la pile de travail qui vous attend sur votre bureau en passant par les bonnes résolutions de janvier...<br /><br />J'ai donc reçu mon colis.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mlyEQQGWI/AAAAAAAAASE/5Dhn8Xdi5bI/s1600-h/DSCF0085.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mlyEQQGWI/AAAAAAAAASE/5Dhn8Xdi5bI/s320/DSCF0085.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5163840727310932322" /></a><br /><br /> Le premier colis du premier swap... quelle émotion ! C'était un gros colis qui pesait son poids (heureusement que l'info n'a pas circulé dans la poste qu'il était plein de bonnes choses, il y aurait eu une émeute. Déjà que l'expéditrice avait pris le soin de marquer dessus : "ne pas utiliser de cutter" et qu'un gars de la poste avait pris ça comme un défi et aussitôt entaillé le colis... oui je sais Stephanie, ça fait mal, mais ne t'inquiète pas : tout est arrivé entier malgré ce malappris !) et que j'ai rapporté chez moi en proie à la plus grande impatience.<br />Première surprise en l'ouvrant : tomber sur une belle boîte noire dont ma fille s'est aussitôt emparée d'autorité, déclarant que c'était une boîte à trésors.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mmAUQQGXI/AAAAAAAAASM/q7Wk76Pe5Kk/s1600-h/DSCF0087.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mmAUQQGXI/AAAAAAAAASM/q7Wk76Pe5Kk/s320/DSCF0087.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5163840972124068210" /></a><br /><br /> J'ai cédé sur ce point car je savais que la négociation serait rude...<br /><br />Puis, j'ai ouvert la petite carte envoyée avec les victuailles (littéraires et autres) par <a href="http://lectures-de-stephanie.blogspot.com/">Stephanie</a>, une des organisatrices du swap, en personne !<br />Les paquets étaients si nombreux que j'ai eu du mal à les faire poser ensemble sur la photo.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mmOUQQGYI/AAAAAAAAASU/FYl0wxi9J_s/s1600-h/DSCF0088.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mmOUQQGYI/AAAAAAAAASU/FYl0wxi9J_s/s320/DSCF0088.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5163841212642236802" /></a><br /><br /><br />Puis je les ai ouverts... et à ce point du récit, les jaloux vont me tomber dessus en pagaille et vue ma carrure, je suis mal. Tant pis, je prends le risque :<br /><br /> Il y avait donc...Trois polars épais comme je les aime (Stephanie, tu es devin ou tu connaissais mon goût pour les pavés ?). J'en salive : <br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mmekQQGZI/AAAAAAAAASc/EktbFZzUsWE/s1600-h/DSCF0091.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mmekQQGZI/AAAAAAAAASc/EktbFZzUsWE/s320/DSCF0091.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5163841491815111058" /></a><br /><br /> — <span style="font-weight:bold;">Le huit</span> de Katerine Melville, qui se balade entre les époques et dans le monde entier...<br /><br /> — <span style="font-weight:bold;">Echec et mat</span> de Stephen Carter, une sombre histoire autour d'un patriarche américain... J'ai un gros faible pour l'Amérique, ses excès, ses travers, ses tourments... je vais me régaler.<br /><br /> — Et enfin <span style="font-weight:bold;">Bangkok</span> de John Burdett, un polar exotique et sombre au pays des khmers rouges.<br /><br /><br /> Je n'ai qu'un mot à dire, Stéphanie : MERCI ! Je ne connais aucun de ces auteurs mais ta sélection a l'air extra. Quel plaisir de ranger ces trois petits bonheurs à venir sur ma PAL et de la voir s'incliner encore telle une Tour de Pise...<br /><br /> Pour les gourmets, dont je fais partie... le paquet regorgeait de gourmandises :<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mm1kQQGaI/AAAAAAAAASk/BQjC2VvLRJU/s1600-h/DSCF0090.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mm1kQQGaI/AAAAAAAAASk/BQjC2VvLRJU/s320/DSCF0090.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5163841886952102306" /></a><br /><br /><br /> Du café au sirop d'érable et noix de pécan (à l'instant où j'écris ça je me prépare à entendre sonner le tel et mes amis débarquer), "Brownie-noisette-amande"... miam miam!<br />Mais ce n'est pas tout : des rochers Suchard, des petits sablés faits maison absolument délicieux, du chocolat à la mousse aux noisettes et à la mousse au chocolat, des Torino... (Stephanie, ma balance ne te dit pas merci mais tout le reste de ma personne est en extase.)<br /><br />Avec ma fille nous avons goûté les Torino ce matin. Sa conclusion, formulée avec respect et gravité : "Tu sais, elle est crro gentille Stephanie !"<br /> Puis elle m'en a demandé un autre, j'ai dû lui avouer que j'étais moins gentille que Stephanie et qu'il n'était pas question qu'elle fasse main basse sur tout le butin. <br /><br />J'oubliais un très joli petit carnet aux couleurs de la série noire, et deux ravissantes tasses à café. Voyez vous-mêmes...<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mnIUQQGbI/AAAAAAAAASs/sF-B10fi1hs/s1600-h/DSCF0092.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R6mnIUQQGbI/AAAAAAAAASs/sF-B10fi1hs/s320/DSCF0092.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5163842209074649522" /></a><br /><br /><br />Oui, je sais, c'est immérité d'être aussi gâtée. Mais c'est tellement bon.<br /><br /> Stephanie, tu es mon héroïne, à la fois comme coorganisatrice de ce Noël de janvier (au passage, un grand merci à <a href="http://happyfew.hautetfort.com/">Fashion</a>) et comme swappeuse. Mon premier swap est fabuleux, grâce à toi mais aussi grâce à <a href="http://baratin.canalblog.com/archives/2008/02/02/7791374.html">Valdebaz</a> qui m'a envoyé un cadeau pour me remercier de mon colis...et après on dit que c'est moi qui suis folle.<br />Bref je me permets de rebaptiser ce swap : polars, chocolat, café, douceurs en tout genre et émotion.<br /><br />A bientôt.<br /><br />PS : encore un billet qui ne parle guère de littérature mais il fallait célébrer cet événement. Sinon, je vais m'intéresser pendant quelques mois au rugby, aussi j'espère que vous me pardonnerez d'avoir peu de temps pour lire des romans. Mais promis, dès que je peux je viens vous écrire un vrai billet !!! <br /><br />PPS : Je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de deux des somptueux cadeaux de Stephanie : une bougie au chocolat qui embaume littéralement mon bureau et une moutarde au cacao que je vais tester bientôt !Gaëllehttp://www.blogger.com/profile/03629057035349691927noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-77233798334814622972008-01-21T15:15:00.000+01:002008-01-21T21:05:31.929+01:00Les bonnes résolutionsBonjour à vous, ô patients lecteurs qui jetez un œil ici de temps en temps en espérant que la patronne a ressuscité...<br /><br />Il était temps, je suis sûre que vous les attendiez : mes bonnes résolutions de janvier. Elles ont été retardées par une attaque sournoise de grippe qui m'a rendue inapte à toute autre activité que méditer les yeux clos (si si, je médite), végéter sur un plan horizontal en tentant de créer un concept, m'intéresser à la marche du monde et à la géopolitique américaine (non, ça ne peut se résumer à regarder durant des heures des épisodes de séries, même si ça y ressemble), rendre des visites à mon inconscient à travers de longs épisodes de sommeil paradoxal ( ok, dormir, quoi) et ingérer la force nécessaire à me remettre sur pied.(quelques bons petits plats, le champagne étant nécessaire aussi : c'est souverain pour tuer la grippe). Mais il n'est pas trop tard alors les voici :<br /><br /> En 2008, je promets d'écrire plus de billets. Au moment où j'écris celle-là, je peux vous dire que je tremble car je sais que ça ne va pas tomber dans l'oreille d'une blogosphère sourde.<br /><br /> En conséquence, je m'engage à retrouver un rythme de lecture digne de ce nom. Sinon, de quoi vais-je pouvoir vous parler ?.. Depuis près d'un an, je souffre d'une maladie classiquement appelée la "lentite", qui paralyse les neurones à intervalles réguliers, rendant fastidieuse la lecture et faisant exploser la pensée en plein vol. Ce qui donne à peu près ceci : vous vous lancez dans un exposé brûlant sur un sujet qui vous passionne et au beau milieu : "... ce qui conditionne les réflexes les plus fondamentaux de l'être humain et inhibe le penchant naturel à la solidarité, lequel se retrouve atrophié et du même coup... euh... j'ai étendu la machine, à ton avis ?"<br /><br />J'ai donc résolu de me battre contre cette maladie tel un héros de <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Dr House</span></span> luttant à l'article de la mort. J'ai commencé par m'entraîner sur une cible facile comme <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Harry Potter et les reliques de la mort</span></span>.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R5TNfsROjPI/AAAAAAAAAR8/Hvd0q8iz6ss/s1600-h/harry+potter.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R5TNfsROjPI/AAAAAAAAAR8/Hvd0q8iz6ss/s320/harry+potter.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5157973417589116146" /></a><br /><br /> J'en profite pour m'incliner devant l'imagination et le talent de l'auteur qui a réussi à ne pas décevoir mon attente exacerbée de lectrice prompte à mordre. Oui,le dernier tome est des plus réussis et c'était encore plus dur que de faire subir une séance de pose à un soufflé, alors CHAPEAU. Ou plutôt, Choixpeau. Petit bémol : pour ma part j'aurais terminé le livre avant la fin, à un moment un peu plus cruel pour le lecteur... c'est elliptique mais je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir si vous ne l'avez pas lu et vous êtes bouché les oreilles lors de sa sortie. D'autre part, on a beaucoup reproché à JK Rowlings d'écrire des histoires assexuées mais force est d'admettre que les passages les plus faiblards de ce tome-ci comme des deux précédents sont ceux qui parlent de la vie amoureuse des héros. C'est plat, c'est longuet, ça impatiente parce que ce n'est pas tout ça, mais on est en pleine guerre des sorciers, on a autre chose à faire que de lire des pages et des pages de tergiversations sans aucun suspense ! Ajoutons qu'à seize ans révolus, nos petits sorciers en sont encore à s'embrasser maladroitement sans trop savoir à quoi ça sert, c'est dire si à Poudlard l'éducation sexuelle est négligée au profit du quidditch. A la limite, c'était peut-être mieux de les laisser assexués, vu le résultat. Tout le monde n'est pas D.H Lawrence, J.K Rowlings excelle dans d'autres domaines et Lawrence aurait été bien embêté si on lui avait demandé de raconter la quête des horcruxes ou de stupéfixer un Mangemort.<br /><br />Bref. Aujourd'hui je suis passée à la vitesse supérieure avec trois romans néo-victoriens dont je reviendrai vous parler, tiens.<br />Ceci dit, à voir combien de journaux et de magazines restent coincés en position "Carla Bruni : cette année l'homme se porte à la taille" ou combien de biographies on a consacrées à une femme dont la trajectoire se résume à avoir épousé deux hommes, je pense que je ne suis pas la seule à souffrir de lentite. Une épidémie frappe le pays.<br /><br />En 2008, je m'engage à accéler la gestation du petit-frère de <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">l'Ancre des Rêves</span></span> qui s'ennuie tout seul dans sa chambre et demande trop d'attentions, comme tous les enfants uniques. Le problème est que chez les auteurs, la gestation peut durer une décennie si on n'y prend pas garde. Il y a bien sûr les pressés qui se délivrent eux-même chaque année à coup de césarienne sauvage pour être sûrs de figurer sur les tables de la rentrée littéraire, mais il y a aussi les perfectionnistes comme Donna Tartt qui livrent un chef-d'œuvre tous les dix ans et ont intérêt à vivre très longtemps si elles veulent qu'on leur pardonne. Dieu merci, J.K. Rowlings n'est pas de cette espèce sinon imaginez le bond en avant de la violence enfantine ! Entre ces deux extrêmes, j'ai toujours su que ma nature profonde penchait vers Donna Tartt. C'est ainsi que mon cerveau a un faible pour les sujets qui demandent plusieurs années de recherche..."Tiens, et si on écrivait sur un inquisiteur au XIIème siècle en pays Cathare ? Faudrait faire des TAS DE RECHERCHES..." Et là, ses yeux s'allument et je prends peur. Cette fois j'ai donc choisi de façon autoritaire un sujet contemporain et je le tiens à l'œil.<br /><br />En 2008, je m'engage à m'inscrire enfin à l'heure à un swap. Bon là,je triche un peu car je me suis déjà inscrite in extremis pour <span style="font-weight:bold;">le swap "polars, littérature et café"</span>. C'est une résolution assez facile à tenir mais les autres sont un tel challenge que je voulais m'encourager un peu !<br /><br />En 2008, je m'engage à me rendre au moins une fois à une réunion de blogueurs. En fait j'en ai envie depuis que je lis les compte-rendus de rencontres ici ou là, mais voilà, étant exilée à Lyon quand les deux grands pôles d'attraction sont au sud et à Paris, je ne peux jamais m'organiser assez tôt. Bref en 2008 je voudrais rencontrer mes blogueurs favoris, et ça en fait du monde. Si ça ne vous embête pas je viendrai déguisée en terre-neuva, ce sera plus convivial.<br /><br />En 2008, je m'engage à vous parler d'au moins quatre auteurs français car j'ai eu des plaintes : on me dit que je favorise outrageusement les Anglo-saxons. Las, c'est un peu vrai mais en France, on a déclaré au milieu du XXème siècle que le roman était mort. Et depuis, même si des résistances téméraires et brillantes se sont formées çà et là, cernées par l'auto-fiction et longtemps pilonnées par la critique, médias et intellos se donnent un mal de chien pour qu'il ne s'en relève pas. Que voulez-vous, j'aime les histoires et les Anglo-saxons savent les écrire. Un roman de Jonathan Coe ou de Kate Atkinson me nourrira toujours plus que l'œuvre complète de Philippe Delerm ou d'Amélie Nothomb. Cela dit il m'arrive de lire aussi des auteurs français et de les trouver très talentueux. Je m'engage donc à augmenter la présence des auteurs français dans ces pages. Après tout est-ce leur faute s'ils doivent jouer des coudes entre Marc Lévy et Christine Angot, passer à minuit dans une émission où personne n'a lu leur livre, se faire ridiculiser chez Cauet ou subir la comparaison avec Balzac ? <br /><br />Et enfin, en 2008, je vais tenter d'être optimiste même si je ne fais pas de jogging avec François Fillon, ne pars pas en vacances avec Kouchner et ne me détends pas en comptant mes stock-options. Au lieu d'être une pessimiste qui espère toujours qu'on lui prouve que le pire n'est pas certain, je vais tâcher de temps en temps (une heure par semaine pour commencer) d'admettre que les lendemains n'auront peut-être pas un chat dans la gorge. Peut-être chanteront-ils avec une voix un peu jazzy. Peut-être la diversité culturelle survivra-t-elle au vends-ou-crève, peut-être serons-nous un peu moins bêtes le mois prochain. Et je sais que si j'y parviens, mes efforts feront plaisir à l'élu de mon cœur. C'est déjà bien, non ?<br /><br />Pour finir en beauté, je vous invite à découvrir un jeune auteur Français (et toc, résolution n°6, je ne perds pas de temps) talentueux : Mabrouk Rachedi. Et à commencer par lire son premier roman, <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Le poids d'une âme</span></span>. Un beau titre n'est-ce pas, qui déroule derrière lui une histoire tragi-comique qu'on lit avec plaisir, se délectant d'un style élégant, ironique et souvent implacable. Alors, de quoi ça cause et qui est l'âme ?<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R5TNVsROjOI/AAAAAAAAAR0/751k1ZljHtY/s1600-h/41X3KV3XCSL.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R5TNVsROjOI/AAAAAAAAAR0/751k1ZljHtY/s320/41X3KV3XCSL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5157973245790424290" /></a><br /><br />Par une suite de coïncidences malheureuses, Lounès, jeune lycéen de la banlieue parisienne qui vit avec ses six frères (l'un est en prison), ses trois sœurs, sa mère et un père prisonnier de sa violence, va se retrouver pris dans l'étau de la justice, aveugle comme chacun sait, surtout par ces temps de terrorisme latent où la police a la bavure facile. Le récit de Mabrouk Rachedi installe les pions sur l'échiquier dans une construction des plus intelligentes pour nous entraîner avec Lounès dans une situation de plus en plus inextricable. Il mène de main de maître ses nombreux personnages, qu'ils soient flics, journalistes, chauffeur de bus ou professeur de lycée, sans parler de cette dynastie de fabriquants de cordes qui aura son importance... Entre intérêt, lâcheté, lassitude, envie d'en découdre ou de river son clou à un mari infidèle, les motivations des personnages affleurent de phrases limpides et parfois lapidaires. Et ce récit à bride abattue laisse sourdre en chemin la complexité de personnages ballottés entre un héritage douloureux, la stigmatisation policière, la rage qui pourrait tout dévorer et l'envie désespérée de s'inventer un destin différent. Naturellement Mabrouk Rachedi n'est pas réductible à un "écrivain des banlieues", de même que Sara Waters n'est pas réductible à un "auteur néo-victorien" (encore moins maintenant qu'elle a écrit sur le Blitz !). Si un auteur commence souvent par écrire sur un sujet qui le touche particulièrement, un bon romancier peut investir le sujet qu'il veut, l'époque qui lui chante, qu'il en ait ou non l'expérience. Si Stephen King écrit des récits d'horreur ce n'est pas parce que son talent est limité à ce genre mais parce que ce genre est celui qui colle le plus étroitement à ses obsessions. Je souhaite donc beaucoup de frères et sœurs au <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Poids d'une âme</span></span>, et si vous voulez découvrir un peu son auteur je vous invite à faire un tour sur <a href="http://auteurstv.blogspot.com/search/label/Rachedi%20Mabrouck">le site Auteurs tv</a>. Un site où on laisse parler les écrivains et où l'intervieweur s'efface complètement pour mettre en valeur son invité. Ah, j'oubliais : les interviews y sont déconnectées de l'actualité : je sais, j'avais du mal à y croire moi aussi mais ça existe. De quoi être optimiste, au fond.<br /> <br /><br />Très bonne année à tous, bonnes résolutions et à très vite...<br /><br />Gaëlle<br /><br /><br />PS : j'étais à deux doigts de lancer une chaîne bloguienne des bonnes résolutions mais j'ai eu pitié de vous !Gaëllehttp://www.blogger.com/profile/03629057035349691927noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-41300739212838638382007-12-19T15:23:00.000+01:002007-12-20T22:18:29.895+01:00Tous mes amis le sont....Bonjour à tous !<br /><br />Ce billet est dédié à <a href="http://cuneipage.over-blog.com/">Cuné</a> qui m'a refilé la patate chaude et à <a href="http://happyfew.hautetfort.com/">Fashion Victim</a> qui a toujours des idées aussi exquises qu'originales. Il s'agit donc de parler de mes petits snobismes. Evidemment, si on me le demande, je ne suis pas snob pour un sou. J'ai appris ce qu'était le snobisme en lisant Proust et autant vous dire que la peinture qu'il faisait des snobs ne donnait pas très envie d'appartenir à leur côterie. Mais ça n'empêche pas qu'à mes heures... enfin j'ai certaines exigeances et je tiens à ce que j'appellerais mes "particularités". Les voici, donc, puisqu'on m'oblige à les avouer !<br /><br /> 1. Je ne lis JAMAIS un livre qu'on m'a conseillé de lire ou forcée à lire... je sais, c'est assez gonflé de ma part, alors qu'ici je passe mon temps à conseiller des bouquins en espérant de tout cœur que la contagion s'étendra ! Mais c'est une habitude tenace qui vient du collège, voire même avant. J'ai toujours considéré la littérature comme un jardin privé où je pouvais vagabonder en totale liberté, sans aucune espèce de contrôle. Toute petite, je planquais des livres sous mon lit et j'allais débusquer ceux qui étaient planqués dans "l'enfer" de la bibliothèque de mon arrière-grand-mère... quand mes professeurs se sont avisés de m'obliger à lire des livres "au programme", j'ai trouvé ça tout à fait saugrenu, pour ne pas dire un acte d'autoritarisme insupportable.<br /> Aussi ai-je toujours pris un malin plaisir à lire toujours un autre livre que celui qui était au programme. Par exemple, si on me forçait à lire <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Germinal</span></span> (programme de seconde, je ne l'ai jamais lu), je lisais <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Thérèse Raquin</span></span> et <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Le ventre de Paris</span></span>. Si on me forçait à lire sous la menace d'une arme <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Le rouge et le noir</span></span>, je le survolais et lisais derechef <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">La chartreuse de Parme</span></span>. Puis je passais le trimestre à expliquer pourquoi <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">La chartreuse de Parme</span></span> était aussi délicieux que <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Le rouge et le noir</span></span> était désagréable.<br /><br />Et encore aujourd'hui... si on me prête un livre ou qu'on me l'offre, je risque de le lire... mais dans plusieurs mois, dans un an, bref, quand on aura oublié son existence et que je le redécouvrirai sur un rayon de ma bibliothèque ! Mais bien sûr, ça n'empêche pas que j'adore qu'on m'offre des livres et qu'on m'en conseille... Je suis d'une rare indépendance, quand il s'agit de lecture. Je ne supporte tout simplement pas la contrainte. Je suis une anarchiste de la lecture. Et je le reconnais, c'est un peu snob.<br /><br />2. Mon idéal masculin est un personnage de roman. Vous me direz, je suis sûre que je ne suis pas la seule.. rien que parmi les blogueuses, voyons, si on faisait un sondage... <br /> Un jour, j'avais huit ans, j'ai ouvert un roman qui traînait dans la maison et dont la présence chez moi était pour le moins incongrue. (25 ans d'enquête patiente plus tard il s'avère qu'il appartenait à mon père... quelle midinette celui-là !) C'était <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Jane Eyre</span></span>.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lDRcROjMI/AAAAAAAAARE/3BvNVsLHTcM/s1600-h/416VNPEQR4L.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lDRcROjMI/AAAAAAAAARE/3BvNVsLHTcM/s320/416VNPEQR4L.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145718016172788930" /></a><br /><br /> Et j'ai vécu le vrai choc amoureux, celui qui vous retourne le cœur et vous le transforme à jamais. Edward Rochester est devenu pour moi la quintessence de l'âme-sœur. Si j'avais su que dans la vraie vie, les Rochester sont une espèce en voie d'extinction et que ce choix allait me destiner à des déceptions en nombre... j'y aurais réfléchi à deux fois ! Mais bon, on ne se refait pas. <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Jane Eyre</span></span> est le livre que j'ai le plus relu entre huit et dix-sept ans, certaines pages sont encore gondolées par des larmes vieilles de quinze ans. Et je considère toujours que l'homme idéal est un personnage captivant, profond, d'apparence hostile mais dont la surface rugueuse cache un cœur battant et un être en fusion, et qui a une femme folle cachée au grenier, histoire de pimenter un peu la vie. Du même coup, la beauté de Brad Pitt m'a toujours laissée des plus indifférente. Pour toujours, je suis touchée par le charme d'un homme et je n'aime pas les beautés lisses. Je n'aime pas le lisse, tout court. J'aime les personnalités bien trempées et les hommes qui savent aimer. Tout est de la faute de Charlotte Brontë et d'Edward Rochester. <br />PS : je ne tiens plus trop à la femme folle planquée au grenier, aujourd'hui. Ni aux vicissitudes de la vie qui rendent Rochester infirme pour que le happy end ne soit pas trop happy.<br /><br /> 3. J'ai des amoureux post-mortem. Ce qui est très snob. Il y en a qui se contentent d'être sorties avec Patrick au CM2 qui avait un appareil dentaire, ou avec Jean-Paul qui chevauchait une moto rouge et avait un problème de salive... moi, j'ai trois amoureux post-mortem que je chéris et vais parfois visiter au cimetière (pour ceux dont je connais la tombe). Le premier, c'est Robert Desnos.<br /><br /> <a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCpsROjLI/AAAAAAAAAQ8/-FlFwezQLeg/s1600-h/desnos.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCpsROjLI/AAAAAAAAAQ8/-FlFwezQLeg/s320/desnos.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145717333272988850" /></a><br /><br /> Ah, Robert... Je suis tombée amoureuse quand j'avais seize ans, en classe de français (ce qui contredit mon petit 1, mais je ne suis pas à une contradiction près. Desnos était en effet au programme, mais ce fut mon seul engouement de l'année). <br /><span style="font-weight:bold;"><br /> "Deux montagnes étaient semblables de forme et de dimensions.<br /> Tu es sur l'une<br /> Et moi sur l'autre.<br /> Est-ce que nous nous reconnaissons ?<br /> Quels signes nous faisons-nous ?<br /> Nous devons nous entendre et nous aimer.<br /> Peut-être m'aimes-tu ?<br /> Je t'aime déjà.<br /> Mais ces étendues entre nous, qui les franchira ?<br /> Tu ne dis rien mais tu me regardes<br /> Et, pour ce regard,<br /> Il n'y a ni jour ni étendue<br /> Ma seule amie mon amour."</span><br /><br /> Que voulez-vous, j'ai lu ça et forcément, j'étais cuite... Depuis j'ai suivi Robert partout. J'ai emprunté mille fois les itinéraires qu'il aimait tant dans le vieux Paris des Halles, du quartier St Jacques-La-Boucherie, du quartier de l'Horloge au cloître St Merri et à l'abbaye-St Germain-l'Auxerrois... Ses mots m'ont escortée des années durant et m'accompagnent encore telles des langues de feu dont la brûlure me régénère et m'apaise. <br /><br /> Après, il y a Albert Camus.<br /><br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCSMROjJI/AAAAAAAAAQs/T6gIIwdk0RM/s1600-h/camus.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCSMROjJI/AAAAAAAAAQs/T6gIIwdk0RM/s320/camus.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145716929546062994" /></a><br /><br /><br /><br /><br /> Bon je sais, Robert, Albert... ça fait un peu daté mais mes amoureux post-mortem ont l'âge qu'ils ont. Et Albert Camus, excusez du peu.... il écrase facile une bonne partie des hommes de cette planète, vous en conviendrez, tant au niveau de la personnalité que du talent et sans parler du charme...<br /> Et enfin, Emmanuel D'Astier de la Vigerie, qui fonda au tout début de la guerre de 40 un des grands mouvements de Résistance : Libération-Nord, aux côtés notamment de Lucie Aubrac.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCe8ROjKI/AAAAAAAAAQ0/YiUHt-4fSjs/s1600-h/d%27astier.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCe8ROjKI/AAAAAAAAAQ0/YiUHt-4fSjs/s320/d%27astier.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145717148589395106" /></a><br /><br /><br /> D'Astier prit très tôt le contrepied de sa famille pour aller se battre durant la guerre d'Espagne, puis en s'engageant dans la Résistance. Là encore, je tombai amoureuse en lisant son livre : sept fois sept jours. Depuis, je ne rate pas l'occasion d'aller lui offrir mes pensées quand je passe au cimetière du Père Lachaise.<br />Je sais, c'est très snob d'obliger son amoureux à succéder bon an mal an à trois hommes exceptionnels, chacun dans son genre, dont deux artistes hors pair. Et qu'il ne puisse rien dire ni montrer de la jalousie sans avoir peur du ridicule. Ni les effacer d'un revers de manche... puisqu'ils sont un peu connus. Sinon, le grand avantage des amoureux post mortem c'est qu'ils sont faciles à vivre, toujours d'accord avec vous (quoique Camus se montre parfois assez retors dans les discussions politiques), toujours à disposition mais d'une discrétion rare quand vous avez envie d'avoir la paix.<br /><br />4. Quand je suis très déprimée, j'ai des remèdes bien à moi. Au lieu de lire le dernier roman en date de la chick litt' (bien que j'aie aussi un faible pour "Sex and the city"), je préfère me plonger par exemple dans le journal de Marie Bashkirtseff. La connaissez-vous ? Cette jeune-fille extraordinaire vécut au XIXème siècle à Paris et mourut à vingt-six ans de la tuberculose.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCEcROjII/AAAAAAAAAQk/fJyMLz3UQjo/s1600-h/Bashkirtseff.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCEcROjII/AAAAAAAAAQk/fJyMLz3UQjo/s320/Bashkirtseff.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145716693322861698" /></a><br /><br /> Entre temps, elle fut peintre, sculpteur et elle écrivit ce journal qui est une petite merveille, et où on lit par exemple : <br /><span style="font-weight:bold;"><br />"A part les rires et les chansons, si je traduisais mes pensées avec la brutalité qui me caractérise, Je dirais qu'il me tarde de me marier pour devenir la maîtresse de M. de Cassagnac."</span><br /> Ou encore : <br /><span style="font-weight:bold;"><br />"C'est au mois de février que j'ai été le plus amoureuse du duc, c'est aussi au mois de février que je suis devenue amoureuse d'Audiffret, c'est au mois de février également que je l'ai été d'Antonelli et c'est encore au mois de février que je le suis devenue d'Alexandre. A ma place je prendrais garde puisque nous sommes au mois de février."</span><br /><br /> Lire les émois et les bonheurs de cette jeune personne piquante et irrésistible me rappellent que les choses de la vie et de l'amour n'ont jamais cessé d'être compliquées, sans parler de la psychée féminine et de ses abysses. C'est réconfortant. Marie, où que vous soyiez, merci !<br /><br />5. A mes yeux, être cultivé fait partie des charmes essentiels d'une personne. Alors c'est vrai que j'apprécie aussi de passer une soirée avec des copains qui ne s'intéressent qu'au foot et pour qui aller au cinéma se résume à voir <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Spiderman III</span></span> (que j'ai vu aussi), qui ne comprendraient pas qu'il me soit arrivé d'aller voir des films chinois longs de trois heures ou un festival de cinéma polonais en V.O. (nous étions deux dans la salle et ce fut TRES long). Mais quand même, je préfère pouvoir échanger des heures durant avec quelqu'un (ou quelqu'une !) de curieux, de cultivé, et pour qui la Nuit de Cristal n'est pas la dernière animation des vitrines de Noël des Galeries Lafayettes. Et un homme qui lit, croyez-moi... c'est beaucoup plus séduisant que l'adoptionnite aiguë de Brad Pitt.<br /><br />6. J'ai un peu de mal avec tout ce qui est "hyper à la mode" en terme de littérature. Par exemple, <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">l'Elegance du Hérisson</span></span> que je lirai peut-être... dans quatre, cinq ans.<br />Ou Beigbeider, que je trouve très surestimé. Ou tous les poseurs qui pensent qu'écrire est le marchepied pour être convié aux soirées privées de Karl Lagerfeld, et qu'on n'écrit bien qu'après avoir éclusé plusieurs boîtes VIP et être rentré l'œil hagard à quatre heures du matin. En vérité, entre le glamour et la littérature, il faut souvent choisir. Il y a un côté assez monacal dans l'écriture, lâchons le mot, même si je comprends que pour draguer, dire qu'on passe ses journées à écrire entre quatre murs et que le soir on est vanné... ne soit pas l'argument massu.<br /><br />7. Rien à voir avec la littérature... mais je n'aime pas les Bronzés. Ça ne m'a jamais fait rire, à peine sourire, et je trouve qu'avec le temps ils sont devenus lourds comme un baba au rhum qui aurait trempé dans de la mélasse et séjourné ensuite dans la crème chantilly un peu trop longtemps. Et quand je vois qu'ils ont trouvé le moyen de massacrer un petit film que j'adorais quand j'étais petite, <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">L'auberge rouge</span></span> de Claude Autant-Lara, avec leurs rires bovins et leurs gros sabots... je me demande quand ils partiront enfin à la retraite, qu'on puisse rigoler de choses drôles. C'est d'aileurs injuste que les Anglais aient les Monty Python quand nous avons les Bronzés, vous ne trouvez pas ? Et si on a les comiques qu'on mérite, qu'avons-nous fait au Ciel ??<br />(je fais toutes mes excuses à ma cousine préférée qui les aime et est capable de réciter des films entiers, réplique par réplique.)<br /><br />8. Une petite dernière. J'ai un préjugé de snobinarde envers <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Prison Break</span></span>. Je refuse de le voir et chaque fois qu'on m'en parle, je rétorque : "Bah... moi j'adorais <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Oz</span></span>, rien à voir. Une série exceptionnelle, des acteurs brillantissimes, des scénarios noirs de chez noirs, une profondeur... enfin bref, je ne pourrai jamais me faire à Prison Break", avec l'air sceptique et blasé de celle à qui on ne fera jamais croire qu'un Beaujolais nouveau arrive à la cuisse d'un Pernand-Vergelesse.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lEOMROjNI/AAAAAAAAARM/RCtENfjeV_0/s1600-h/oz.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lEOMROjNI/AAAAAAAAARM/RCtENfjeV_0/s320/oz.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145719059849841874" /></a><br /><br /> De la même manière, j'explique à qui veut l'entendre que toutes les séries pâlissent devant <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Twin Peaks</span></span>. Alors qu'en douce, je regarde et suis totalement accro à Dexter, Medium, Desperate Housewives, Dr House, etc, etc, etc. Mais chuuut... si on me questionne, je m'en tiendrai à un seul mot : David Lynch.<br /><br /> <br /> Finalement, en cherchant bien j'aurais pu encore en aligner quelques uns, des snobismes... donc merci les filles de m'avoir forcée à affronter ma vraie nature. Et parce que ce questionnaire semble avoir été créé pour eux, j'attends de <a href="http://legolb.over-blog.com/">Thom</a> et de <a href="http://tetedanslespages.canalblog.com/">Gaël</a> qu'ils s'y collent à leur tour.<br /><br /> Bonne soirée et si je ne reviens pas poster d'ici là, très joyeux noël à tous !<br /><br />Gaëlle<br /><br />PS : Oups, toutes mes excuses à <a href="http://cequetulis.wordpress.com/2007/11/26/snobisme-litteraire/">Magda</a> qui, la première, a lancé la revendication provocatrice de la snobitude...Gaëllehttp://www.blogger.com/profile/03629057035349691927noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-86908782279459318052007-12-05T16:15:00.000+01:002007-12-05T21:42:19.957+01:00Je suis jalouse...... de toutes les formes d'art qui ne sont pas la mienne. Je sais, c'est petit, comme attitude. J'essaie de me corriger mais rien à faire, je serai toujours jalouse d'un dessinateur qui en deux coups de crayon, exprime ce qu'il me faudrait dix pages pour effleurer. D'un musicien qui me tord le cœur avec une seule note tenue assez longtemps, avec une harmonie qui fait perler les larmes au coin de mes paupières. D'un cinéaste qui sait combiner un angle de caméra et un éclairage particulier pour mettre en lumière en chuchotement.<br /><br />Et même une chanson, tenez... une chanson, ça n'a l'air de rien, c'est même confondant de simplicité : quelques mots en général pas compliqués, quelques rimes, trois couplets, un refrain, une mélodie... ça nous semble inoffensif mais le temps de le dire, la chanson est entrée en vous et s'est mélangée au tissu de votre vie, l'a imprégné, parfois si durablement que des années plus tard il vous suffit de l'entendre pour être transporté bien malgré vous dans un souvenir. Encore plus dangereux qu'une madeleine de Proust. <br /><br />Alors évidemment, que les chansons vous collent "encore et encore", comme dirait Voulzy (dont je ne suis pas particulièrement fan) ne signifient pas qu'elles sont bonnes. Certaines sont franchement nulles, irritantes au possible, c'est même le gros du bataillon, il suffit d'écouter un peu les grandes radios musicales pour s'en convaincre. Celui qui s'est déjà réveillé, comme moi, avec en tête le générique de <span style="font-style:italic;">Dora l'exploratrice</span> ou "<span style="font-style:italic;">Sous le vent</span>" chanté par Celine Dion et Garou (le duo qui tue, je suis sûre que le nombre de morts est étouffé en haut lieu) comprendra ce que je veux dire...<br /><br /> Et puis parfois, une chanson est une petite merveille. Est-elle une merveille universelle ou seulement pour moi ? Peut-être que d'aucuns, lui appliquant une grille de critères techniques redoutables, viendraient m'expliquer qu'elle n'est pas bonne, mais... je m'en fous. Elle m'a attrapée un beau jour, parce que je passais par là ou juste parce que ce moment que je vivais méritait d'être éternisé et que le hasard lui a offert une bande son, pour l'éternité. J'ai comme ça, dans mon I pod, des centaines de chansons qui sont périlleuses à écouter, que j'évite souvent... car si je suis prête à entendre de la musique, je ne suis pas toujours prête à certains voyages dans le temps. Cependant, je les garde pour le jour où je serai à nouveau capable capable d'écouter l'une ou l'autre et de me retrouver projetée dans ce jour d'hiver où j'écoutais cette chanson dans un café en tombant amoureuse, ou dans cette journée ensoleillée où je marchais au rythme de la musique en sentant bouger un bébé dans mon ventre. <br /><br /><a href="http://microgolb.blogspot.com/2007/10/what-about-crossover.html">Thom</a> avait lancé un crossover, il y a de ça un moment, et il est plus que temps que je participe. Quoi, je me réveille un peu tard ?? L'important est de se réveiller, non ?..<br /><br />J'aurais pu évoquer <span style="font-weight:bold;">Barbara</span>, mais <a href="http://murmure-interieur.over-blog.com/article-12907834.html">Sandra</a> s'en était déjà chargée avec infiniment de talent et de sensibilité. C'est vrai que Barbara a été LA chanteuse qui a bercé mon adolescence. Je connaissais par cœur tout son répertoire, je le chantais en adoptant jusqu'à ses intonations écorchées vives... ah, "<span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Ma plus belle histoire d'amour c'est vous</span></span>", "<span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Marienbad</span>"</span>, "<span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Joyeux Noël</span></span>"... c'est bien simple, j'avais seize ans et mes dents de lait saignaient encore mais c'était ma vie, mes blessures, mes amours, mon avenir que j'écoutais dans la voix de Barbara. Une vraie tragédienne en herbe, j'étais, quelque part entre Camille Claudel et Sarah Bernardt...<br /><br />J'aurais aussi pu parler de tous les trucs honteux que j'ai aimés à certaines époques... de <span style="font-weight:bold;">Didier Barbelivien</span> (saluez mon courage d'oser avouer ça au risque de voir toute votre estime, si chèrement acquise à coup de <span style="font-weight:bold;">Michel Faber</span> et de <span style="font-weight:bold;">Chandler</span>, tomber en poussière) à <span style="font-weight:bold;">Michel Delpech</span>. Ah, "<span style="font-style:italic;">les oies sauvages</span>", "<span style="font-style:italic;">les divorcés</span>"... Déjà à l'époque, je me disais bien que ce n'était pas du tout normal de s'entendre si bien avec son ex femme, au point de lui écrire une chanson aussi guimauve. Et vous savez quoi ? Je le pense toujours. C'était louche. J'espère que son ex-femme n'a pas flanché.<br /><br />Brisons ce suspense insoutenable : j'ai décidé de vous parler de quelques chansons que j'aime terriblement, chacune à leur manière. La sélection a été très dure, je sais que beaucoup de morceaux sont vexés et il ne faudra pas que je m'étonne s'ils déraillent à la prochaine écoute, je ne l'aurai pas volé. Mais tant pis, choisir c'est renoncer, paraît-il, même si cette définition m'a toujours chagrinée. Ah, je précise que mes chansons ne sont pas classées par ordre de préférence mais de manière tout à fait capricieuse et aléatoire.<br /><br /><span style="font-weight:bold;">1. <span style="font-style:italic;">Le chercheur d'or</span>, D'Arthur H.</span><br /><br />Un beau jour, à la fnac, je suis tombée en amour avec <span style="font-weight:bold;">Arthur H</span> et son album, <span style="font-weight:bold;">"<span style="font-style:italic;">Adieu Tristesse</span></span>". J'aimais tout, la voix chaude et rauque, les textes, les duos, sensuel avec Feist (superbe chanson que "<span style="font-style:italic;">la chanson de Satie</span>"), joyeux avec M, émouvant avec son Higelin de père... Mais ma chanson préférée a toujours été le Chercheur d'Or. J'aime les chansons qui racontent une histoire. Celle-ci contient un monde en soi, chaud et poignant. Je ne peux pas écouter cette chanson sans sentir s'emballer mon cœur étreint par une émotion violente. <br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1biW9iQKyI/AAAAAAAAAQc/WUWSzNq17mA/s1600-h/arthur+h.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1biW9iQKyI/AAAAAAAAAQc/WUWSzNq17mA/s320/arthur+h.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5140544908793228066" /></a><br /><br /><span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Le Chercheur d'Or</span></span><br /><br /><span style="font-weight:bold;"><br />San Francisco , 3 mai 1880<br />Ton Eugène<br />Chère Marie ne t’inquiète plus<br />Le chirurgien a dit hier<br />Que la gangrène n’a pas pris<br />Que la chance est avec moi<br />Certes je perds une jambe<br />Mais il me reste bien l’autre...<br />Oh Marie, si tu savais<br />J’ai creusé le roc<br />Comme à main nue<br />Entouré de misérables,<br />De Polonais et aussi quelques Français<br />Oh Marie, nous autres<br />Les errants, les chercheurs d’or,<br />Si nous ne vivons que par elle<br />La montagne nous dévore<br /><br />Tout est bon<br />Ici ça va<br />Je suis vivant<br />Ici c’est bon<br />Je suis sauvé<br />Ici ça va<br />Je suis vivant<br /><br />Dès l’aurore résonne<br />Le tonnerre de la dynamite<br />Des blocs de roches s’affaissent<br />Dévalent le long des ravines<br />Oh Marie, à chaque seconde<br />L’avalanche me désire et me frôle<br />Ce matin-là, elle me prodigue<br />Ses plus douces caresses<br />Amoureusement elle m’enlace<br />Je suis son amant<br /><br />Tout est bon<br />Ici ça va<br />Je suis vivant<br />Ici c’est bon<br />Je suis sauvé<br />Ici ça va<br />Je suis vivant<br /><br />Oh ma chère Marie<br />Enfin c’est l’heure du secret<br />Tu vois sous mes draps<br />Il y a un petit sac en cuir noir...<br />Ce qui illumine ma main<br />C’est de la poussière d’or, Marie<br />Regarde comme je brille<br />Regarde comme nous sommes riches<br /><br />Sens sur ton visage<br />Ce vent qui te lave<br />Et qui gonfle les voiles<br />De ce vaisseau qui quitte la rive<br />Oh Marie, adieu la mort<br />Adieu l’Amérique<br /><br />Tout est bon<br />Ici ça va<br />Je suis vivant<br />Ici c’est chaud<br />Je suis sauvé<br />Ici ça va<br />Je suis vivant<br /></span><br /><br /><br /><span style="font-weight:bold;">2. <span style="font-style:italic;">Du Sepia plein les doigts</span>, Vincent Delerm</span>.<br /><br />J'aime tellement cet album, "<span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Les piqûres d'araignée</span></span>" qu'il a survécu à une écoute en boucle pendant des mois. Une performance rarissime en ce qui me concerne, surtout que je n'aimais que très modérément Vincent Delerm jusqu'ici. Reste que sur cet album excellent, cette chanson est un bijou à elle seule : pertinente, provocatrice, un miracle d'équilibre entre la mélodie et le texte. Si vous l'écoutez, le seul risque est qu'elle ne veuille plus quitter votre tête. Je sais de quoi je parle, ça fait des mois que je me réveille un matin sur deux avec le refrain sur la langue, quand ce n'est pas un couplet qui tape l'incruste à l'improviste, tout ça parce que je déjeune dans un restaurant où la déco a l'air tout droit sortie des "Choristes", ou que je viens d'entendre quelqu'un s'écrier que l'éducation se perd... bref, cette chanson est dangereuse et j'ai mauvaise conscience de participer à la contagion. Tant pis, je dirai trois Pater et quatre Ave, pour la peine.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1biGtiQKxI/AAAAAAAAAQU/YRXanxdEcWE/s1600-h/delerm.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1biGtiQKxI/AAAAAAAAAQU/YRXanxdEcWE/s320/delerm.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5140544629620353810" /></a><br /><br /><br /><span style="font-weight:bold;"><br /><br /><span style="font-style:italic;">Du Sepia plein les doigts</span><br /><br /><br />Tiens tiens, les pensionnats<br />Les chanteurs à croix bois, les taloches, les coups d'trique, <br />la Troisième République<br /><br />Tiens tiens, les belles images,<br />Les enfants du marécage,<br />le vrai goût des vrais fruits dans une vraie épicerie<br /><br />Tiens ça r'part en arrière,<br />noir et blanc sur poster.<br />Maréchal nous voilà!<br />Du sépia plein les doigts<br />A quoi elle pense en s'endormant,<br />cette jolie France,<br />confiture Bonne Maman.<br />Elle pense pense pareil, pareil qu'hier<br />Avant Simone Veil, avant Badinter.<br /><br />Tiens tiens,<br />on respirait du jasmin du muguet<br />et l'air à plein poumons dans les mines de charbon.<br />Les chansons d'avant guerre, ça on savait les faire<br />Viens Poupoule, hue Pépette, alors on s'fait pouet pouet...<br /><br />Tiens ça r'part à l'envers,<br />porte plume d'écolière.<br />Maréchal nous voilà!<br />Du sépia plein les doigts<br />A quoi elle pense en s'endormant,<br />cette jolie France,<br />confiture Bonne Maman.<br />Elle pense pense pareil, pareil qu'hier<br />Avant Simone Veil, avant Badinter...</span><br /><br /><br />Et pour finir, tenez... une petite chanson toute simple, une chanson de rien du tout, qui ne marquera pas l'histoire de la musique, que la majorité d'entre vous oubliera bien vite. D'ailleurs ça m'étonne qu'elle me soit restée comme ça dans la tête... Deux ans que ça dure ! Délivrez-moi, je vous en prie.<br /><br />Alors bien sûr, c'est Sandrine Kiberlain qui chante et je ne suis pas sûre que toutes les bonnes actrices devraient décider qu'elles sont aussi chanteuses. Mais voilà, en l'occurence j'aime beaucoup Sandrine Kiberlain et le fait que ce soit elle qui chante, avec une voix qui n'est pas vraiment travaillée, imparfaite au possible, joue son rôle dans la façon dont cette chanson me touche.<br /><br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1bh4tiQKwI/AAAAAAAAAQM/1XZguZFPYuE/s1600-h/sandrine+kiberlain.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1bh4tiQKwI/AAAAAAAAAQM/1XZguZFPYuE/s320/sandrine+kiberlain.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5140544389102185218" /></a><br /> <br /><br /><br /><span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">J'ai aimé</span>, par Sandrine Kiberlain</span><br /><br /><span style="font-weight:bold;">J'ai aimé...<br />Je l'sais c'est particulier<br />J'ai aimé<br />Sa peau collée à la mienne,<br />Des jours et des jours<br />De plusieurs semaines...<br /><br />J'ai aimé<br /><br />J'ai aimé<br />C'est sûr je l'ai ressenti,<br />Et plus d'une nuit<br />De ma petite vie...<br /><br />J'ai aimé<br />Je l' sais c'est particulier<br />J'ai aimé<br />Cet homme, son regard sur moi<br />Pendant plusieurs mois<br />Plus d'un an je crois...<br /><br />J'ai aimé<br /><br />Je l' sais c'est particulier<br />J'ai aimé<br />Ses mains qui cachaient mes yeux<br />Pour oser les jeux <br />Les jeux amoureux.<br /><br />j'ai aimé<br />Je l' sais c'est particulier<br />J'ai aimé<br />C'est vrai j'ai aimé ses airs<br />De n'pas avoir l'air<br />De vouloir me plaire<br /><br />J'ai aimé<br />Je l' sais c'est pas singulier<br />J'ai aimé<br />Je l' sais c'est particulier<br /><br />J'ai aimé<br />Cet homme tellement et si fort<br />Que je l'aime encore<br />Que je l'aime encore<br /><br />J'ai aimé....</span><br /><br /> Alors oui, je suis jalouse de cette alchimie musicale qui fait qu'une phrase toute simple vous entre dans le cœur pour n'en plus sortir. Jalouse, parce que je serais bien en peine de vous dire, comme ça, à chaud, quelles phrases de quels romans m'ont fait pleurer ou rire. Mais je peux retrouver sur le champ — et vous aussi j'en suis sûre — une bonne trentaine de morceaux de chansons qui se sont étroitement noués à ma vie et à ma mémoire.<br /><br />Bonne soirée à tous, et merci, Thom pour cette excellente idée de crossover.<br /><br />GaëlleGaëllehttp://www.blogger.com/profile/03629057035349691927noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-34935060585966114912007-11-02T15:36:00.000+01:002007-11-02T18:08:00.298+01:00Seul contre tous, le héros selon PolanskiBonjour à tous,<br /><br />Je profite d'un peu de temps libre pour vous écrire et cette fois je suis venue vous parler de cinéma, pour changer !<br /><br /> Ces dernières semaines, j'ai revu coup sur coup plusieurs films de Polanski. C'est un cinéaste que j'aime tout particulièrement, depuis mon âge tendre. Je me suis souvent demandé pourquoi, mais je crois pouvoir avancer aujourd'hui quelques raisons : d'abord parce que s'il a tâté de tous les genres, du film d'horreur au drame psychologique, du film en costumes à la comédie pure, chacun de ses films porte une empreinte particulière et toutes ces empreintes, d'un film à l'autre, créent une œuvre puissante, talentueuse et singulière. Il m'arrive souvent devant un film de me dire qu'il aurait pu être réalisé par quelqu'un d'autre sans que ça se voit... mais certains cinéastes, parmi lesquels Lynch, Scorsese, De Palma ou Polanski, ne pourraient être échangés. <br />Certains films de <span style="font-weight:bold;">Roman Polanski</span> me sont entrés dans la tête et ne m'ont jamais quittée. Leurs images sont là, intactes, lorsque je ferme les yeux. Ainsi en est-il de celles du <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Locataire</span></span>. Je l'ai revu dernièrement mais nombre de ses séquences étaient encore imprimées sur ma rétine, près de quinze ans après l'avoir vu pour la première fois. La force du cinéma de cet auteur trouve en moi une proie consentante, telle la victime ensorcelée qui offre son cou. Dès le générique j'accepte de suivre sa caméra où elle m'entraîne, tout en sachant que le voyage ne sera ni facile ni toujours joyeux, que les surprises seront macabres et que je n'atteindrai pas dans la sérénité le rivage du générique de fin. J'accepte tout cela par jeu de spectatrice, mais surtout parce que s'il malmène son public, Polanski l'émeut plus encore. Si je vous dis ça, vous penserez au<span style="font-style:italic;"> <span style="font-weight:bold;">Pianiste</span></span> et à la silhouette poignante de cet homme décharné titubant dans les ruines de Varsovie.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPHzqSmDI/AAAAAAAAAPk/tn2GOXJVPNQ/s1600-h/affiche+pianiste+belle.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPHzqSmDI/AAAAAAAAAPk/tn2GOXJVPNQ/s320/affiche+pianiste+belle.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128279596236707890" /></a><br /><br /> Mais je pourrais vous parler aussi de la détresse hurlante de Trelkowski, trop gentil locataire étouffé par la méchanceté de ses voisins, ou de Tess, qui suit bravement la route que le destin a savonnée pour elle.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPVDqSmEI/AAAAAAAAAPs/Dk9ymkugV8I/s1600-h/affiche+locataire.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPVDqSmEI/AAAAAAAAAPs/Dk9ymkugV8I/s320/affiche+locataire.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128279823869974594" /></a><br /><br /> Je pourrais même ajouter le regard aux abois de Carol, la jeune manucure de <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Repulsion</span></span>, même si dès lors qu'elle a commis un premier meurtre et que nous la savons dangereuse, la compassion qu'elle inspire se trouble de... répulsion, justement.<br /><br /> Polanski est certainement l'un des cinéastes à avoir le mieux parlé de la solitude et de l'angoisse qu'elle génère.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytN5DqSl9I/AAAAAAAAAO0/mmjEeCRoFbE/s1600-h/afffiche,3+fig+du+complot.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytN5DqSl9I/AAAAAAAAAO0/mmjEeCRoFbE/s320/afffiche,3+fig+du+complot.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128278243322009554" /></a><br /><br />Le vertige de tourner en rond dans un appartement, de regarder par la fenêtre en espérant que quelqu'un de bienveillant vous parlera, saisira les signaux muets que votre corps inutile émet. Ses héros sont souvent profondément seuls, rongés de l'intérieur par ce silence de l'âme que viennent trancher, soudain insolites et effrayants, les bruits des objets, de la matière inerte ou animée : ainsi la jeune Carol entend-elle avec de plus en plus d'acuité les sons qui l'entourent, de la goutte d'eau du robinet mal fermé aux échos de la rue.<br />S'ils sont seuls, ces personnages ne le sont pas seulement affectivement. Parfois même ont-ils quelqu'un dans leur vie, comme Rosemary dans <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Rosemary's baby</span></span>, ou quelqu'un qui aimerait y entrer, tel ce garçon patient qui aime Carol et le paiera cher... Leur solitude est totale. Elle est sociale, psychologique, affective et parfois même politique. Leur situation les coupe des autres... ou bien seraient-ce ces autres malintentionnés qui les enferment en eux-mêmes jusqu'à la folie, les privant même de l'envie de fuir ?<br /><br />Ce qui est sûr, c'est que le héros polanskien a le plus souvent le statut d'étranger dans la communauté où il vit. Dans <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Repulsion</span></span>, Carol la manucure vit à Londres avec un accent français alors que sa sœur parle un anglais parfait, et sa hantise des hommes l'enferme dans une détresse sans mots. Trelkowski est un Polonais naturalisé français que tout le monde s'entête à traiter en étranger et que son accent stigmatise. Le touriste américain de <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Frantic</span></span> est d'autant plus désespéré que personne ne le comprend à Paris. Quant à Wladyslaw Szpilman, le pianiste, les Nazis ont fait de lui un proscrit dans son pays. Du statut d'étranger découle tout naturellement l'incompréhension, le mépris, le rejet. Mais parfois, le personnage est l'intrus d'une communauté dont il comprend les rouages parce que ces rouages le font frémir... C'est le cas de Rosemary, découvrant peu à peu que ses gentils voisins sont une bande d'adorateurs de Satan qui l'ont prise au piège.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytQLTqSmHI/AAAAAAAAAQE/t6pkqtZhgNc/s1600-h/affiche+rosemary.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytQLTqSmHI/AAAAAAAAAQE/t6pkqtZhgNc/s320/affiche+rosemary.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128280755877877874" /></a><br /><br /> Ou de Gittes, le détective de <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Chinatown</span></span>, qui avance dans une intrigue où tous les pourris ont partie liée ; un véritable marécage. <br /><br />A mesure que le film progresse d'une révélation négative à l'autre, le héros polanskien relie la solitude où il est enfermé à la malveillance du groupe qui l'entoure et fait bloc contre lui. A partir de là, le complot prend forme : on veut le faire taire, le réduire à merci, lui voler son bébé, le violer encore et encore, l'exterminer. Mais le génie machiavélique du cinéaste est de préserver presque toujours l'ambiguitë : son personnage est-il fou ? A-t-il dérapé, s'imagine-t'il la conspiration, ou est-il le seul à détenir une vérité incroyable ? D'un film à l'autre, Roman Polanski a peu ou prou toujours raconté la même histoire : un individu est manipulé par un groupe à l'intérieur duquel il représente l'étranger. Plus ou moins naïf quand le film commence, ses yeux se dessillent peu à peu et il comprend toute la portée du piège dans lequel il se débat. Mais selon les films, la caméra oscille, telle une aiguille, entre ces deux pôles : complot réel de l'extérieur, délire schizophrène du héros. Dans <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Repulsion</span></span>, il est évident que la balance penche dès l'origine vers la folie, même si la folie ne saurait tout expliquer du mal être de Carol. Il est des choses qu'on ignore, des blancs tragiques ont conduit la jeune femme au stade où le spectateur fait sa connaissance, stade où il est sans doute déjà trop tard. Ce film a tout de l'étude d'un cas clinique, même s'il égare le spectateur à dessein dans un scénario de film d'horreur.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPvjqSmFI/AAAAAAAAAP0/pM5_MC7tSiM/s1600-h/+repulsion+scary+affiche.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPvjqSmFI/AAAAAAAAAP0/pM5_MC7tSiM/s320/+repulsion+scary+affiche.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128280279136507986" /></a><br /><br /><br />Dans la plupart des films, cependant, Polanski joue parfaitement de l'ambiguitë en utilisant la caméra subjective : tout ce que nous voyons pourrait être vu par le héros. Nous découvrons l'intrigue par ses yeux, ce qui présente deux avantages de taille pour un cinéaste expert dans l'art de ruser avec le spectateur : tout d'abord, nous nous positionnons d'instinct "du côté" du héros : nous sommes avec Rosemary, avec Gittes, avec le pédiatre de <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Frantic</span></span>, y compris quand ce dernier saisit la piste la plus improbable (celle d'un enlèvement) pour expliquer la disparition de sa femme dans un hotel parisien. Nous sommes disposés à croire ce qu'ils croient. Mais dans un deuxième temps, cette indentification permet au doute de faire irruption au moment choisi par le réalisateur : ainsi, dans <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Rosemary's baby</span></span>, nous nous persuadons peu à peu que Rosemary est manipulée par ses voisins avec la complicité de son mari.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytO6TqSmCI/AAAAAAAAAPc/lQqe-loktOE/s1600-h/belle+photo+rosemary.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytO6TqSmCI/AAAAAAAAAPc/lQqe-loktOE/s320/belle+photo+rosemary.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128279364308473890" /></a><br /><br /> Il nous semble clair qu'elle a été droguée, violée, mise enceinte par des forces obscures. Nous nous convainquons qu'elle est entourée de sorciers et que même son obstétricien appartient à la secte. C'est alors que Rosemary tente une de ces "fausses fuites", chères aux héros polanskiens, c'est à dire une fuite qui se révèle un cul de sac. Elle se réfugie chez un autre gynécologue, qui la reçoit. Elle se met à lui expliquer par le menu tout ce qui lui est arrivé, tout le complot, et soudain ses paroles nous paraissent des plus farfelues, délirantes ; nous voilà dans la peau du médecin qui l'écoute et se dit qu'elle souffre d'une dépression paranoïaque liée à sa maternité. Le doute naît alors dans le cerveau des spectateurs : ont-ils été abusés ? Rosemary est-elle folle ? S'imagine-t-elle ces choses ?<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOGzqSl-I/AAAAAAAAAO8/Yf0On6cWXQM/s1600-h/rosemary.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOGzqSl-I/AAAAAAAAAO8/Yf0On6cWXQM/s320/rosemary.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128278479545210850" /></a><br /><br />Dans <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Le Locataire</span>,</span> cette ambiguitë entre complot et folie paranoïaque est encore plus frappante. Prenons un jeune homme timide à l'accent polonais, charmant et sans histoires. Il loue un appartement et tente de se faire accepter par une communauté de résidents hostiles. Mais peu à peu, il se persuade que les gens de l'immeuble veulent le mettre dans la peau de la précédente locataire, Simone Choule, qui a fini par se défenestrer. Tout le monde semble conspirer contre lui, du gentil barman du café d'en face à son propriétaire intransigeant. Des gens l'épient, le tyrannisent. Puis il se met à voir des choses qui n'existent pas ; le réel et le délire se mêlent si intrinsèquement qu'à la fin du film, le spectateur troublé serait bien en peine de se prononcer sur ce qui a causé la perte de Trelkowski, de la méchanceté concertée de ses voisins ou de sa propre psychose.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOSjqSl_I/AAAAAAAAAPE/nml3stP_FSc/s1600-h/le_locataire_1976_reference.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOSjqSl_I/AAAAAAAAAPE/nml3stP_FSc/s320/le_locataire_1976_reference.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128278681408673778" /></a><br /><br /><br /> La fiction est de loin le meilleur moyen de raconter une conspiration. Prenez une foule qui dit "blanc", et un individu qui hurle "noir !". En terme de vérité objective, la majorité a tendance à l'emporter... sauf si, par les moyens d'une œuvre de fiction, vous avez pris le spectateur (ou le lecteur) par la main et l'avez attaché dès le début aux pas du pauvre "fou" qui jure que les autres mentent. Alors, vous serez disposé à croire que cet homme a raison contre tous. Et même si cette vérité est étouffée par les puissants, elle restera à jamais entre celui qui la détient... et vous. Après la dernière image de <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Chinatown</span></span>, l'amertume que vous partagez désormais avec le détective Gittes s'éternisera dans votre bouche.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOjTqSmAI/AAAAAAAAAPM/K9rdlEXaoeI/s1600-h/Nicholson.gif"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOjTqSmAI/AAAAAAAAAPM/K9rdlEXaoeI/s320/Nicholson.gif" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128278969171482626" /></a> <br /><br />Et vous plaindrez la pauvre Rosemary, que sa lucidité et sa bravoure n'ont fait que ligoter davantage à un destin funeste.<br /><br />Pour conclure, je ne pouvais pas ne pas parler du <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Pianiste</span></span>. Car s'il est une vérité qui fut des plus difficiles à croire, et que certains aujourd'hui encore s'acharnent à nier, c'est bien celle d'une conspiration visant à éradiquer un peuple entier, au point qu'il ne resterait plus trace de ces millions de victimes. Ce crime parfait, on le sait, connut quelques ratés qui permirent à la vérité de sourdre. Mais encore une fois, seule la fiction a le pouvoir de nous lier à l'un de ces êtres qui furent progressivement exclus de la société, enfermés dans des ghettos de plus en plus étroits, privés de droits et de dignité, avant d'être conduits vers le cul de sac d'Auschwitz. <br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOxTqSmBI/AAAAAAAAAPU/HHH-a1jM8GI/s1600-h/Film2004_le_pianiste_12.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOxTqSmBI/AAAAAAAAAPU/HHH-a1jM8GI/s320/Film2004_le_pianiste_12.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128279209689651218" /></a><br /><br />Comme si tous ses films avaient dû nous mener à celui-ci, et tous les complots à la Shoah, <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">le Pianiste</span></span> met en scène le premier héros polanskien qui parvient véritablement à fuir : grâce à la musique mais surtout, pour la première fois, grâce à la solidarité positive d'autres frères humains.<br /><br /><br />Sur ce, je vous laisse, et si vous voulez revoir quelques-uns des films dont je viens de parler, ne vous gênez pas ! A l'exception de <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Frantic</span></span>, qui a un peu vieilli, la filmographie de Polanski traverse le temps sans une ride et c'est un plaisir de la revisiter.<br /><br />A bientôt...<br /><br />Gaëlle<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytQBTqSmGI/AAAAAAAAAP8/kwMVFQ3h-B4/s1600-h/polanski.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytQBTqSmGI/AAAAAAAAAP8/kwMVFQ3h-B4/s320/polanski.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128280584079186018" /></a>Gaëllehttp://www.blogger.com/profile/03629057035349691927noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-29361286247771565192007-09-25T16:36:00.000+02:002007-09-27T08:11:30.790+02:00De la poésie à la place du cœurBonjour !<br /><br />Vous n'osiez en rêver mais me revoilà enfin pour un billet digne de ce nom. Vous seavez que dans ces pages je préfère parler d'auteurs qui m'enthousiasment et me font me sentir toute petite... et j'ai beau lire comme une tortue, j'en ai comme même ramené un dans mes bagages !<br />Vous le connaissez sûrement. Mais si. Si je vous dis <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">The Hours</span></span>, vous visualisez Nicole Kidman affublée d'un nez impossible (si vraiment Virginia Woolf ressemblait à ça je la plains doublement : pour son mal de vivre et pour son nez), mais derrière ce film il y a bien un livre et son auteur, Michael Cunningham. Que voici. <br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp4snsFpiI/AAAAAAAAAN0/Y0Tnql2ik7k/s1600-h/Michael+Cunn+image.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp4snsFpiI/AAAAAAAAAN0/Y0Tnql2ik7k/s320/Michael+Cunn+image.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114533034796099106" /></a><br /><br />Il y a des auteurs autour desquels je tourne longtemps (je suis lente mais déterminée) avant de me risquer dans leur œuvre. Ça a été le cas pour celui-ci, avec cette nuance que j'ai lu <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">les Heures</span></span> et que je ne l'ai pas aimé. Je sens que certains sont scandalisés mais Virginia Woolf n'est pas ma tasse de thé et ces trois portraits de femmes m'ont laissée de glace. Croyez bien que je le regrette mais en même temps j'aime Proust mais n'ai jamais accroché à Henry James, c'est comme ça, mon cerveau tisse des connexions avec untel ou untel, à sa guise. Non pas qu'il soit snob, il a seulement des goûts bien à lui. <span style="font-style:italic;">Les Heures</span> m'avaient donc laissée sur ma faim et j'avais décidé que Michael et moi n'étions pas encore prêts pour une fréquentation assidue. Mais voilà, j'ai succombé à son dernier roman, <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Le Livre des Jours</span></span>. Un drôle d'objet en vérité.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp5LHsFpjI/AAAAAAAAAN8/fdNingnaTDg/s1600-h/41TFXR58W7L.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp5LHsFpjI/AAAAAAAAAN8/fdNingnaTDg/s320/41TFXR58W7L.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114533558782109234" /></a><br /><br /><br /><br />A ce point de mon billet, veuillez introduire quelques tambourins, une cornemuse et la voix irlandaise qui chantait "<span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Paddy's lamentation</span></span>" dans <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Gangs of New York</span></span>. Car nous allons remonter le temps dans un sens, puis dans l'autre, arpentant Manhattan des années 1850 à un futur dont j'espère qu'il ne ressemblera pas à la vision de Michael Cunnigham... Trois histoires, trois époques, un lieu précis — Manhattan — et un lieu métaphorique : l'Amérique, celle des pèlerins, des parias, de ceux que le rêve américain a salués d'un air moqueur avant de filer dîner chez Pierpont Morgan, Malcolm Forbes ou Georges Bush. Si Les heures étaient une infusion woolfienne, <span style="font-style:italic;">Le livre des jours</span> transpire la poésie de Walt Whitman. Et à mon avis, on y gagne! Non pas seulement parce que Walt a un nez proportionné au reste de son visage...(je suis mauvaise... Je ferai pénitence, tenez, je relirai <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">la promenade au phare</span></span>... un jour.). Surtout parce qu'on échange un écrivain qui ne supportait plus la vie contre un poète qui la célèbrait sous toutes ses formes... et enfin, parce que le livre de Cunningham nous rappelle utilement que Walt Whitman était le poète des pauvres avant d'être récupéré par des étudiants de private school pour qui le summum de la rebellion consistait à se mettre debout sur une table, déchirer des manuels scolaires ou aller lire des poèmes la nuit dans les bois !<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqFE3sFppI/AAAAAAAAAOs/o5dKofKyAPU/s1600-h/18462092.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqFE3sFppI/AAAAAAAAAOs/o5dKofKyAPU/s320/18462092.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114546645547460242" /></a><br /><br /> Ah oui, grâce au <span style="font-style:italic;">Livre des Jours</span> — qui porte en anglais le nom d'un recueil en prose de Whitman, <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Specimen Days</span></span> — j'ai relu <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Feuilles d'Herbe</span></span>. Oui, j'avoue, la première fois que je l'avais lu, j'avais quinze ans et je sortais du <span style="font-style:italic;">Cercle des poètes disparus</span>... au passage j'en profite pour glisser un message à Vincent Delerm : il a oublié de parler de l'impact de ce film sur les lycéennes en pâmoison, dans sa chanson sur les filles de 1973. Car il y avait <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Le Grand Bleu</span></span> ET <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Le cercle des poètes disparus</span></span>, et mes copines de classe allaient les revoir en boucle avant d'écrire des poèmes à l'encre rouge pour dire combien la vie était moche et belle à la fois, célebrer la beauté de la révolte, de l'absolu et du suicide, tout ça. (même celles qui avaient un nez d'une taille raisonnable.)<br />J'avais donc lu Whitman mais j'étais passée à côté. <br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp5X3sFpkI/AAAAAAAAAOE/TGjDR9S5GaA/s1600-h/41D5J2TVSPL.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp5X3sFpkI/AAAAAAAAAOE/TGjDR9S5GaA/s320/41D5J2TVSPL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114533777825441346" /></a><br /><br /> Là je l'ai relu avec attention et en version bilingue s'il vous plaît, afin de pouvoir déclamer en anglais des strophes comme celle-ci :<br /><br /><span style="font-weight:bold;"> "My call is the call of battle, I nourrish active rebellion,<br /> He going with me must go well arm'd,<br /> He going with me often spare diet, poverty, angry ennemies, desertions."</span><br /><br />La rebellion active, la pauvreté, les ennemies furieux...autant vous dire qu'on est loin des gentils étudiants du film et des yeux embués de leur professeur. Mais la bonne nouvelle, c'est que Whitman, c'est aussi pour les grands ! Michael Cunningham n'a pas choisi n'importe quel poète. Ce barbu contestataire, chantre d'une vie transcendant la morale, d'une spiritualité délivrée de la religion, d'une vision puissante du monde où se rejoignaient vie et mort, vivants et fantômes, animaux, humains et végétaux dans une symphonie transgénérationnelle... reste encore aujourd'hui l'une des voix les plus justes quand il s'agit de parler de l'Amérique. Son livre le plus célèbre, <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Feuilles d'herbe</span></span>, complété et retouché sa vie entière, porte des milliers de voix : celle des pélerins faméliques débarquant sur la rade de New York, celle des ouvriers éreintés dans les premières fabriques de la Révolution industrielle... voix heureuses ou tourmentées, voix jeunes ou vieilles, innocentes ou condamnables, toutes lancinent le lecteur dans un même mouvement de revendication d'une vie meilleure : cette fameuse "<span style="font-weight:bold;">poursuite du bonheur</span>" que les Américains inscrivirent au cœur de leur Constitution, et qui fut sans cesse mise à mal par les guerres d'indépendance ou de Sécession, l'esclavage, l'inégalité des chances qui ne fit que se creuser et se creuser encore, revers du rêve américain glorifiant l'initiative et la réussite individuelle.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp3WHsFphI/AAAAAAAAANs/3unMbdo7Bu0/s1600-h/ManhattanBridgeBrooklyn.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp3WHsFphI/AAAAAAAAANs/3unMbdo7Bu0/s320/ManhattanBridgeBrooklyn.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114531548737414674" /></a><br /><br /><br /> Aux parias, l'Amérique a toujours expliqué qu'il était en leur pouvoir de changer de destin, que leur détermination et leur courage étaient leur ascenseur social et que, du même coup, s'ils erraient sur la surface de la terre ou ne s'en sortaient pas en cumulant trois boulots, c'était leur faute. <br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqDKnsFpnI/AAAAAAAAAOc/3u2kxHLvZmA/s1600-h/20s_depression.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqDKnsFpnI/AAAAAAAAAOc/3u2kxHLvZmA/s320/20s_depression.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114544545308452466" /></a>Célebration des gagnants, mépris pour les perdants qui n'ont pas su transformer la ténacité en or. Ceux à qui le monde murmure sans fin : "Tu ne le voulais pas assez fort. Tu ne t'es pas levé assez tôt. On a le sort qu'on mérite." Et au milieu de ces éclats de rêves brisés que foulent les mal lotis que la ville triomphante regarde de haut, marche Walt Whitman, sentant sous ses pas la pulsation d'un pays entier :<br /><br /> "<span style="font-weight:bold;">A travers moi, maintes générations depuis longtemps muettes,<br />Voix des interminables générations de prisonniers et d'esclaves,<br />Voix des malades et des désespérés, des voleurs et des avortons,<br />[...] Et des droits de ceux que les autres foulent au pied,<br />Des mal formés, des insignifiants, des sots, des méprisés,<br />Brouillard dans l'air, scarabées roulant leur boule de fiente.</span>"<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqD3nsFpoI/AAAAAAAAAOk/BUyZoydYKio/s1600-h/poor+guy.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqD3nsFpoI/AAAAAAAAAOk/BUyZoydYKio/s320/poor+guy.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114545318402565762" /></a><br /><br /></span> <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Le Livre des Jours</span></span> s'ouvre sur ce premier tableau, celui de l'époque de Whitman. Les temps sont durs et les machines carnassières, qui dévorent les bras des ouvriers et parfois des hommes entiers, sans vergogne. Simon vient de mourir ainsi. A la fabrique. Il laisse sur le carreau un père impotent, une mère glissée dans la folie, un jeune frère démuni, une jolie fiancée, Catherine, à présent privée du statut de veuve et enceinte de lui. Autant dire une future paria. Lucas prend la place de son frère aîné à l'usine. C'est un garçon bizarre, laid et malingre, qui vit dans la compagnie de <span style="font-style:italic;"><span style="font-weight:bold;">Feuilles d'herbe</span></span> et en récite des vers dès qu'il ouvre la bouche :<br /><br />"<span style="font-weight:bold;">Lucas n'avait pas d'âme du tout. Il était un étranger, un citoyen de nulle part, venu du comté de Kerry mais échoué à New York, où il avait grandi comme une pomme de terre rongée par le mildiou ; où il ne chantait ni ne criait comme les autres Irlandais ; un étranger que n'habitait aucune âme mais un vide rempli ici et là de douloureux élans de tendresse, pour la carte des étoiles et le reflet des flammes sur les lunettes de M. Mulchady ; pour Catherine et sa mère et un cheval à roulette.</span>"<br /><br />Lucas voudrait faire vivre sa famille à lui seul, venir en aide à Catherine dont il est amoureux. Chaque jour, il travaille sur la machine qui a emporté Simon. Il sait qu'elle le guette, qu'elle a faim d'un autre corps. Les machines sont prédatrices, c'est dans leur nature. Dans le monde de Lucas, les pauvres sont partout et ce sont des fantômes en devenir, que la pauvreté a déjà retranchés de la vie:<br /><br /><br /> <span style="font-weight:bold;"> "Peu à peu,il s'aperçut que les journées à l'usine étaient si longues, faites d'un geste si souvent répété, qu'à la fin elles devenaient un monde à l'intérieur du monde, et que ceux qui habitaient ce monde, tous les hommes de l'usine, y passaient la plus grande partie de leur vie, rendant de courtes visites à l'autre monde, dans lequel ils mangeaient, dormaient et se préparaient à repartir. Les hommes de l'usine avaient renoncé à leur droit de cité ; ils avaient émigré à l'usine comme les parents de Lucas avaient émigré à New York après avoir quitté le comté de Kerry. Leurs vies antérieures étaient les rêves qu'ils faisaient chaque nuit, dont ils se réveillaient chaque matin à l'usine."</span><br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqDBHsFpmI/AAAAAAAAAOU/oVjKzlGxZ9U/s1600-h/usine.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqDBHsFpmI/AAAAAAAAAOU/oVjKzlGxZ9U/s320/usine.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114544382099695202" /></a><br /><br /> D'un hôpital pour nécessiteux à une scène d'incendie dans un atelier de couturières, c'est toute l'Amérique en guenilles qui saisit le lecteur à la gorge. Au cœur d'une foule impuissante regardant brûler vives de pauvres ouvrières, Lucas sent la présence des fantômes, dont l'étreinte se resserre à chaque instant autour de Catherine et de lui:<br /><br /> <span style="font-weight:bold;">"L'air avait un goût. Lucas le retourna dans sa bouche ; il le reconnut.<br />les morts avaient pénétré l'atmosphère. Il le compris aussi sûrement qu'il avait senti la présence de Simon dans l'oreiller. A chaque inspiration, il faisait pénétrer les morts en lui. Il sentait leur goût amer ; c'était ainsi qu'ils étaient — terreux et chauds — sur la langue."</span><br /><br />Une femme en train de brûler s'adresse à lui sans mots, parlant au nom de tous ces êtres qui ont rendu les armes au terme d'un combat des plus inégal :<br /><span style="font-weight:bold;"><br /> "Elle dit (sans prononcer les mots) : Voilà ce que nous sommes désormais. Nous étions épuisés et exploités, nous vivions dans des réduits, nous mangions des friandises en cachette, mais aujourd'hui nous sommes radieux et glorieux. Nous ne sommes plus insignifiants. Nous faisons partie de quelque chose de plus vaste et de plus merveilleux que ne l'imaginent les vivants."</span><br /><br /> Ainsi la mort apparaît-elle comme la porte vers une liberté confisquée. Et même, aussi ironique que ça paraisse, vers la vie, comme si les parias ne pouvaient espérer retrouver la pleine possession de leur vie... que dans la mort.<br /><br />Deuxième époque : nous sommes dans l'Amérique contemporaine, celle d'après le 11 septembre 2001, celle du Patriot Act et de la paranoïa toute puissante. Cat, une femme noire d'une quarantaine d'années, travaille au standard de la police. C'est elle qui reçoit les appels de tous les timbrés suintants de rage, ceux qui veulent mettre le feu à l'appartement de leur voisin, éradiquer les homosexuels ou les bibliothécaires. La plupart se contentent de proférer des menaces, mais voilà qu'un adolescent qui a appelé se fait exploser, serrant dans ses bras un homme d'affaires, non loin de Ground Zero. La panique qui tient les New Yorkais depuis le 11 septembre se réactive, reflue dans les vaisseaux sanguins, accélère le sang :<br /><br /><span style="font-weight:bold;">"Le danger qui avait empoisonné l'air quelques années plus tôt refaisait surface ; les gens en respiraient l'odeur. Aujourd'hui, on leur avait rappelé — on <span style="font-style:italic;">nous</span> avait rappelé — une vérité que le reste du monde connaissait depuis des siècles : nous pouvions facilement, à n'importe quel moment, commettre une erreur fatale. Nous marchions tous sains et saufs dans la rue parce que personne n'avait décidé de nous tuer ce jour-là. Il nous était impossible de savoir, tandis que nous nous affairions, si nous tournions le dos à la déflagration ou si nous nous précipitions vers elle."</span><br /><br /> Et la tension grimpe d'un cran lorsqu'un deuxième adolescent appelle Cat. Elle tente de le faire parler. Il lui répond par d'étranges sentences : <br /><br /> <span style="font-weight:bold;">Personne ne meurt vraiment. Nous nous perpétuons dans l'herbe. Nous nous perpétuons dans les arbres. [...] Chaque atome qui m'appartient t'appartient tout autant.</span><br /><br />Cat est cultivée, elle reconnaît la poésie de Whitman.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqAhHsFplI/AAAAAAAAAOM/h1VxAPLvNKc/s1600-h/41Z0R6BKHKL.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqAhHsFplI/AAAAAAAAAOM/h1VxAPLvNKc/s320/41Z0R6BKHKL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114541633320625746" /></a><br /><br /> Un deuxième attentat a lieu, frappant cette fois un homme noir et pauvre. Tandis que l'étau se resserre autour de Cat, qu'un troisième garçon semble avoir élue comme confidente et comme cible, se dessine le profil de ces jeunes kamikazes : des gamins perdus recueillis par une cinglée, endoctrinés et nourris à la poésie de Whitman. Des gamins blessés et sans cœur, inaccessibles et désarmants. Des êtres sauvages échappant à tout contrôle, qui ont grandi à l'insu de la société, sur le bas côté, et qui aujourd'hui choisissent dans une étreinte la victime qu'ils emporteront avec eux dans la mort. De nouveau, cette tentative de possession des vivants par les "fantômes", ces êtres qu'on croise chaque jour sans les regarder car ils n'existent pour ainsi dire plus. De nouveau cette recherche désespérée de la vie, cette échappée qui passe par la mort comme à travers un couloir où la fraternité redeviendrait possible, ce chant des parias porté par le poète.<br /><br /> La troisième histoire nous transporte dans le Manhattan du futur : un monde totalitaire et sinistre où les parias viennent soit d'une autre planète (comme Catareen, une "nadienne" à la peau verte qu'on réduit à des tâches subalternes), soit d'expériences tentées sur la machine par des idéalistes. Dans la première époque, Lucas soupçonnait la machine qui avait emporté son frère Simon d'être animée. Dans le futur, Simon est un robot dont les circuits sont mélangés à des tissus humains. Son apparence est celle d'un homme mais il n'a pas d'affects. Pour remplacer les sentiments, son créateur lui a injecté un "circuit de poésie". De la poésie de Walt Whitman, bien sûr. Simon est censé ne pas avoir de cœur mais il s'est attaché à Catherine la nadienne et tous deux tentent de fuir une mort certaine. Sur leur route ils croiseront un adolescent nommé Luke et un inventeur qui a injecté de la poésie à l'intérieur de ses robots et dirige aujourd'hui une communauté bizarre sur le point de quitter la terre.<br /><br />Trois époques, trois genres (histoire de fantômes, polar, science fiction), trois histoires reliées par de puissants échos et par la poésie de Whitman.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp3AHsFpgI/AAAAAAAAANk/mL5EGAuc9c8/s1600-h/41WP6Y1QNDL.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp3AHsFpgI/AAAAAAAAANk/mL5EGAuc9c8/s320/41WP6Y1QNDL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114531170780292610" /></a><br /><br /> Dans chacune, un personnage chez qui la poésie tient lieu de cœur ou d'âme, et qui perçoit le monde comme une symphonie où la mort et la vie sont intimement liées, comme le sont tous les êtres qui respirent et souffrent avec ceux qui sont passés de l'autre côté. Vous ai-je donné envie de vous plonger dans <span style="font-style:italic;">Le livre des jours</span> ? De lire ou de relire Walt Whitman ? Je l'espère. Je vous prédis que vous serez troublés et envoûtés, que vous croirez aux fantômes. En tout cas aux poètes fantômes qui hantent les grands écrivains d'aujourd'hui.<br /><br />Et si on se quittait sur quelques vers de Walt Whitman, tiens, pour la route ?<br /><br /><br />"<span style="font-weight:bold;">Les mots des vrais poèmes vous donnent plus que des poèmes, <br /> Ils vous donnent de quoi former vous-mêmes des poèmes, des religions, une politique, la guerre, la paix, votre conduite, l'histoire, des essais, votre vie quotidienne et tout le reste [...]<br /><br /> Ils préparent à la mort, pourtant ils ne sont pas la fin, mais plutôt le commencement,<br /> Ils n'amènent personne, homme ou femme, au terme de son voyage, ou à se considérer comme satisfait et comblé,<br /> Celui qu'ils emmènent, ils l'emmènent dans l'espace pour lui montrer la naissance des étoiles, pour lui apprendre une des significations,<br /> Ils l'emmènent pour qu'il s'élance avec une foi absolue, pour qu'il parcoure les cercles sans fin et ne connaisse plus jamais de repos.</span>" <br /><br /><br /><br /> Bonne soirée à vous tous, et à très bientôt !Gaëllehttp://www.blogger.com/profile/03629057035349691927noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-46468126611336019182007-09-19T12:39:00.000+02:002007-09-19T15:31:13.265+02:00Petit message battu des ventsChers visiteurs,<br /><br /><br /> Vous les fidèles d'entre les fidèles qui vous demandez depuis des semaines et des semaines : "<span style="font-style:italic;">bon, mais qu'est-ce qu'elle devient à la fin ? Elle est partie, elle a mis la clé sous la porte ? Elle a fait ses bagages et se promène autour du monde ? Elle a fait vœu de silence ? Ça y est, maintenant elle est auteur alors elle a un égo de pastèque et elle ne veut plus nous parler ?</span>", je me devais de venir vous dire ce qu'il en est. Côté vanité, je suis assez tranquille et je pense que ce n'est pas demain la veille que je ferai un scandale parce qu'on me fait faire cent mètres à pied (pensez donc, cent mètres !) comme certaines stars du stylo qui hantent les festivals... Tel que c'est parti, comme je n'ai pas prévu d'écrire demain un roman sur un infanticide, un pédophile membre d'Al Quaeda ou un homme politique pratiquant le footing électoral, je vais faire une petite carrière pépère à la Pierre Michon, loin des paparazzi et des yatchs, et dans dix ans j'aurai encore des chevilles de taille tout à fait raisonnable. Ouf. <br />Côté tour du monde, je voudrais bien mais ma fille faisait sa première rentrée scolaire le 28 août et comme il faut que j'aille la chercher tous les jours dans sa classe au milieu de ses petits camarades implorant d'être libérés, ça compromet un peu mes projets.<br /><br />Bon, je ne vais pas ici vous raconter ma vie dans les grandes largeurs, ni même tenter d'en faire de savoureuses chroniques car <a href="http://legolb.over-blog.com/">Thom</a> a placé la barre beaucoup trop haut... mais disons que la vie, ces derniers mois, m'a bousculée, secouée sur mon socle, et que mes petits mots entrechoqués n'ont pas pu suivre. C'est qu'ils sont timorés, mes mots. Habitués à s'exprimer dans le calme et le silence, dès lors qu' on les apprivoise, qu'on les prie un peu (ils se font volontiers prier car ils savent que sans leur secours je ne suis pas grand chose !). Les tremblements de terre les laissent pantois, les tempêtes les pétrifient et il leur faut des semaines pour retrouver la parole. Ce qui n'empêche pas, vous le savez, que secouer et remuer les mots est une bonne manière de les réveiller et de les rendre plus féconds dans un second temps. Aussi suis-je aujourd'hui remplie d'espoir quant à ma future carrière littéraire ;-)<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvEEHXQ8wCI/AAAAAAAAANM/cVCbbTve_Ik/s1600-h/hokusai3.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvEEHXQ8wCI/AAAAAAAAANM/cVCbbTve_Ik/s320/hokusai3.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5111871576592924706" /></a><br /> <br /> Bien sûr j'étais navrée de vous abandonner, de lire tous vos petits messages d'affection et de découvrir que de fort sympathiques nouveaux venus étaient venus frapper à la porte en mon absence, attendant longtemps à une table qu'on leur serve un petit café serré et quelques pages d'un bon roman ! Pardon et merci donc à <a href="http://tetedanslespages.canalblog.com/">Gaël</a> et à tous les autres, votre insistance m'a poussée à sortir de ma tanière. Je ne vous promets pas d'écrire de <span style="font-weight:bold;">fréquents</span> billets, vous me connaissez et je n'oserais pas me lancer dans des promesses de politicien. D'une part je suis débordée et d'autre part, je préfère toujours creuser mes sujets le temps qu'il faut avant d'en poster un, même si ça nuit à la productivité. (Euh... ai-je bien entendu "feignasse !" ??...) Et puis je ne lis pas aussi vite et bien que <a href="http://blogclarabel.canalblog.com/">Clarabel</a>, <a href="http://lily-et-ses-livres.blogspot.com/">Lily</a>, Thom, <a href="http://lireouimaisquoi.over-blog.com/">Yueyin</a> (au fait... JOYEUX BLOGANNIVERSAIRE !), <a href="http://meslectures.over-blog.com/">Flo</a>, <a href="http://livrovore.over-blog.com/">Livrovore</a> et tous ceux et celles chez qui je n'hésite pas à aller allonger ma PAL pour les dix prochaines années. Pour être franche, j'aurais pu me faire appeler la tortue si ce nom n'avait pas été déjà pris... par un chanteur "qui ne sait pas ce qu'il veut" et par ma petite sœur ! <br /><br />Pour résumer, je ne suis pas partie et je ne compte pas mettre la clé sous la porte. Je viens de finir un livre enthousiasmant mais avant de vous en parler comme je veux, je dois me replonger dans l'œuvre d'un grand poète américain... donc, oserai-je vous demander encore un petit peu de patience ? Ouille, je sens que j'abuse ! Mon prochain billet a intérêt à être à peu près réussi, sinon vous allez finir par me bouder définitivement et je ne pourrai vous donner tort. (là je prends un visage appitoyé par mon sort et la vie mais heureusement vous ne pouvez pas le voir)<br /><br />J'espère que vos rentrées respectives se sont bien passées. La mienne a été étrange, entrecoupée de salons littéraires à Collioure et Besançon qui mériteraient à eux seuls l'écriture d'un roman... comique, et de chouettes rencontres. (<span style="font-weight:bold;">Patrick</span>, <span style="font-weight:bold;">Jean-Philippe</span>, <span style="font-weight:bold;">Murielle</span> et <span style="font-weight:bold;">Jennifer</span>, vous me manquez déjà !)<br /><br />Je vous laisse, un poète barbu et libertaire m'attend et il n'a pas l'air commode... <br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvEKQnQ8wEI/AAAAAAAAANc/bO81UKhM3Z8/s1600-h/waltwhitman.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvEKQnQ8wEI/AAAAAAAAANc/bO81UKhM3Z8/s320/waltwhitman.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5111878332576481346" /></a><br /><br /><br />Bon, allez, foin de promesses d'ivrogne : je reviens le plus vite possible. Et en attendant, buvez donc un petit irish coffee à ma santé.<br /><br />Gaëlle<br /><br />PS : Que toutes celles et tous ceux dont je n'ai pas cité les noms m'excusent, la liste de tous les livrophages que j'aime visiter était si longue que j'ai dû me réfugier derrière le "etc" mais je ne vous oublie pas !Gaëllehttp://www.blogger.com/profile/03629057035349691927noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-7258489522527151992007-05-23T15:17:00.000+02:002007-05-28T10:03:13.840+02:00L'esprit des collinesBonjour,<br /><br />En général, je préfère venir vous parler de romans, mais aujourd'hui j'ai décidé de faire une exception. C'est que je viens de faire une fabuleuse promenade dans Paris à travers le temps, suivant un guide à la fois passionnant, érudit et engagé : Eric Hazan. Son livre, <span style="font-weight:bold;">L'invention de Paris</span>, ravira non seulement les amateurs de cette ville mais aussi les amoureux de la littérature et de l'Histoire. Ce sont 481 pages bourdonnantes de vie que j'ai refermées à regret, et je ne pouvais pas ne pas vous faire partager mon enthousiasme. Alors je sais bien que la majeure partie d'entre vous préfére lire des romans, mais je vous invite à faire un petit bout de chemin avec Eric Hazan, si vous êtes d'accord. Vous avez de bonnes chaussures ? <br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmJZO2RNgI/AAAAAAAAAKs/AvgTZG0D_cg/s1600-h/eric+hazan.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmJZO2RNgI/AAAAAAAAAKs/AvgTZG0D_cg/s320/eric+hazan.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069233922157655554" /></a><br /><br />Comme toutes les villes bâties à l'intérieur d'une enceinte, Paris s'est construite par cercles concentriques, depuis la muraille de Philippe Auguste (en 1200) jusqu'aux fortifications élevées en 1843, qu'on détruisit au lendemain de la guerre de 14-18. Sa dernière frontière — certes pas la plus esthétique ! — est matérialisée par le boulevard périphérique. Entre temps la physionomie de la ville avait maintes fois changé, de la muraille de Charles V au mur des fermiers généraux (1780), englobant au fur et à mesure les faubourgs et les villages mitoyens, jusqu'au visage composite de la ville d'aujourd'hui. <br /><br /><br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmNjO2RNrI/AAAAAAAAAME/oh7ZVBhRI-Q/s1600-h/enceintes+de+Paris.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmNjO2RNrI/AAAAAAAAAME/oh7ZVBhRI-Q/s400/enceintes+de+Paris.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069238492002858674" /></a><br /><br /> Au fil du temps, des quartiers sont morts entre la rive droite et la rive gauche de la Seine, d'autres sont nés, d'autres encore ont connu des apothéoses et des déclins, et c'est à cette balade à travers les siècles que nous convie Eric Hazan, se faisant le défenseur du vieux Paris : un Paris menacé, presque disparu, où chaque quartier avait une identité forte née de son histoire et de son peuplement.<br /><br /> Non qu'Hazan soit un adversaire de la modernité, pas du tout. Mais n'auriez-vous pas envie d'arpenter les vieux quartiers balzaciens, si c'était possible ? Ou de vous perdre dans le Paris de Victor Hugo, de Baudelaire ou d'André Breton ? Les grands écrivains, les penseurs illustres de notre Histoire tumultueuse furent avant tout des flâneurs amoureux de Paris. Respirez le vent de cette ville en perpétuelle métamorphose, hantez à votre tour les lieux de prédilection de Nerval, ceux où les vauriens des Misérables détroussaient les braves gens et coupaient les gorges, ceux où le narrateur de <span style="font-weight:bold;">la Recherche</span> allait cueillir ses premiers sentiments amoureux, ceux enfin que Zola parcourait un calepin à la main en quête de matière première pour ses romans : le Paris de la Bourse, celui des fortifications, cette "zone" où fleurissaient marchands ambulants et guinguettes, Le Paris chic du Faubourg-Saint-Honoré et du Faubourg-Saint-Germain, le Paris pauvre de la Courtille ou du vieux quartier des Halles, ce <span style="font-weight:bold;">"ventre de Paris"</span> débordant de victuailles près duquel s'entassaient dans les garnis les loqueteux du vieux centre-ville. Et prenez plaisir à relire, au rendez-vous d'une page, quelques lignes des <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Mystères de Paris</span></span>, de <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Nadja</span></span> ou des <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">Splendeurs et misères des courtisanes</span></span> sur la nuit de la ville :<br /><br /><span style="font-weight:bold;"> " Ces rues étroites, sombres et boueuses, où s'exercent des industries peu soigneuses de leurs dehors, prennent à la nuit une physionomie mystérieuse et pleine de constrastes. En venant des endroits lumineux de la rue Saint-Honoré, de la rue Neuve-des-Petits-Champs et de la rue de Richelieu, où se presse une foule incessante, où reluisent les chefs-d'œuvre de l'Industrie, de la Mode et des Arts, tout homme à qui le Paris du soir est inconnu serait saisi d'une terreur triste en tombant dans le lacis de petites rues qui cerclent cette lueur reflétée jusqu'au ciel... En y passant pendant la journée, on ne peut se figurer ce que toutes ces rues deviennent la nuit ; elles sont sillonnées par des êtres bizarres qui ne sont d'aucun monde ; des formes à demi-nues et blanches meublent les murs, l'ombre est animée. Il se coule entre la muraille et le passant des toilettes qui marchent et qui parlent. Certaines portes entrebâillées se mettent à rire aux éclats... des ritournelles sortent d'entre les pavés... cet ensemble de choses donne le vertige."</span><br /><br />Car arpenter le Paris historique, c'est réapprendre la nuit noire, celle que nous ne connaissons plus car des éclairages de plus en plus violents l'ont reléguée de plus en plus loin de nos villes, faisant fuir les étoiles en sécurisant les rues. Au Moyen-Âge, seules trois lanternes éclairaient la nuit de Paris : une bougie au cœur du terrifiant cimetière des Innocents (que hante François Villon), une lanterne à la tour de Nesles et une à la Conciergerie. Vous imaginez cela ? Une ville noire, trois petites flammes de rien du tout pour se protéger des ombres animées, souvent malveillantes, dont parlait Balzac ? Au XIXème siècle, les abords du Luxembourg sont encore des chemins de terre cernés d'arbres où se perdent les imprudents avant d'y faire de mauvaises rencontres, et derrière les murs du cimetière Montparnasse, on assassine chaque nuit. <br /><br /><br />Mais d'abord, que savez-vous de Paris ? Savez-vous qu'au coeur du quartier du Marais, François 1er donnait des combats de lions dans le parc de son hôtel Saint-Pol ? Que dans le Sentier, déjà dévolu au commerce des étoffes au XVIIIème siècle, se trouvait la plus grande Cour des Miracles de Paris, tellement dangereuse que lorsqu'on voulut y percer une rue qui la traverserait de part en part, en 1630, les maçons furent assassinés avant d'avoir pu faire aboutir le projet ? Que le fameux gibet de Montfaucon où François Villon fut pendu, après sa mère, se trouvait sur l'emplacement actuel des Buttes-Chaumont ? Que toutes les innovations du XIXème siècle, telles les premières terrasses de cafés et l'éclairage au gaz, furent testées sur les grands boulevards parisiens ?<br /><br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmSXe2RNxI/AAAAAAAAAM0/CyJRoNNDDcE/s1600-h/Pissaro,+Paris.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmSXe2RNxI/AAAAAAAAAM0/CyJRoNNDDcE/s400/Pissaro,+Paris.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069243787697534738" /></a><br /><br /><br />Eric Hazan déteste la façadisation, cette invention moderne qui, dit-il, <span style="font-weight:bold;">"consiste à conserver (plus ou moins) la façade d'un bâtiment et à le vider comme une volaille pour y installer des plateaux de bureaux. Un bâtiment façadisé est au bâtiment d'origine ce qu'est un animal empaillé à sa forme vivante." </span> Mais il en a surtout après le baron Haussmann... ce ministre de Louis Napoléon Bonaparte redessina le visage de la capitale non seulement à des fins de modernisation, mais pour en éradiquer le cœur rebelle, ce Paris des barricades qu'il haïssait de tout son cœur. Il rasa cette partie du Boulevard du Temple qu'on appelait le "Boulevard du Crime", et où la populace venait se distraire en regardant les attractions foraines et admirer le mime Debureau depuis le fond du "paradis". Ce quartier populaire fut détruit sans merci mais il subsiste dans l'imaginaire grâce à la littérature et au film de Marcel Carné, <span style="font-weight:bold;"><span style="font-style:italic;">les Enfants du Paradis</span></span>.<br /><br /> Haussmann fit surtout raser avec jubilation les rues de la colère, celles du quartier Saint-Merri, des alentours de la Bastille et de la Place de la République. Il effaça de la terre la petite rue Transnonain où l'on s'était battu en 1832, lors de ces émeutes qui sont la toile de fond des Misérables. La petite rue Transnonain où les soldats du parti de l'Ordre firent irruption dans les immeubles et massacrèrent des familles entières, sur l'ordre du Général Bugeaud, parce qu'un coup de feu avait été tiré d'une fenêtre et que ces messieurs, quand il s'agissait de répression, avaient peu de scrupules...<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmSn-2RNyI/AAAAAAAAAM8/puU0NMb5U5U/s1600-h/daumier,+la+rue+transnonain.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmSn-2RNyI/AAAAAAAAAM8/puU0NMb5U5U/s320/daumier,+la+rue+transnonain.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069244071165376290" /></a><br /><br /> L'urbanisation procédant toujours d'une volonté politique, les rues de Paris furent élargies pour permettre aux régiments d'y défiler plus commodément... C'est ce qu'on appelle un "embellissement stratégique", et les premières victimes en furent ces rues de la rebellion. Quant au quartier latin, jamais le dernier quand il s'agissait de contester le pouvoir en place, on lui laissa en souvenir un avertissement des plus éloquents :<br /><span style="font-weight:bold;"><br /> "A qui, parmi ceux qui traversent aujourd'hui la place Saint-Michel, les figures de la fontaine, entourées de canettes de bière et de Coca Cola, ont-elles encore quelque chose à dire ? Qui serait capable de déchiffrer historiquement cette allégorie pour touristes, de reconnaître que l'archange à l'épée pointée sur le dos de Satan devait à l'époque représenter le triomphe du bien sur le mauvais peuple de juin 48 ? Mais à l'ère des insurrections, au seuil de l'arrondissement rebelle, cette statue avait un sens dépourvu d'équivoque. Chacun savait que ce saint Michel symbolisait le Second Empire écrasant le démon de la révolution et que la rue Saint-Jacques et le Quartier Latin pouvaient reconnaître leur image dans la bête infernale jetée au sol."</span> (Dolf Oehler <span style="font-weight:bold;">: <span style="font-style:italic;">1848, Le spleen contre l'oubli</span></span>)<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmNzu2RNsI/AAAAAAAAAMM/ZrP-bPBtnqQ/s1600-h/FOntaine+St+Michel.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmNzu2RNsI/AAAAAAAAAMM/ZrP-bPBtnqQ/s320/FOntaine+St+Michel.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069238775470700226" /></a><br /><br /><br />A ceux qui répondraient que l'esthétique est à ce prix, je répondrai avec Eric Hazan, sans dénier aux immeubles hausmanniens leur élégance, que la beauté se nichait aussi dans ce fouillis des vieux immeubles, dans cette coexistence de maisons populaires et de vénérables hotels particuliers, dans ces "passages de Paris" aujourd'hui oubliés où l'on flânait en bonne compagnie et refaisait le monde. Haussmann n'a pu aller au bout de TOUS ses projets et j'en suis heureuse, car il avait celui de percer une rue à partir du Louvre qui aurait détruit sur son passage les deux monuments de Paris que j'aime le plus... mais je laisse Victor Hugo vous en parler mieux que moi :<br /><br /> <span style="font-weight:bold;">" Le vandalisme a son idée à lui. Il veut faire tout à travers Paris une grande, grande rue. Une rue d'une lieue ! Que de magnifiques dévastations chemin faisant ! Saint-Germain-l'Auxerrois y passera, l'admirable tour de Saint-Jacques-de-la-Boucherie y passera peut-être aussi. Mais qu'importe ! Une rue d'une lieue !... une ligne droite tirée du Louvre à la barrière du Trône !" </span><br /><br />Mais, conclut Hazan, <span style="font-weight:bold;">"Haussmann, qui était protestant, refusa le projet, craignant que la destruction de Saint-Germain-l'Auxerrois fût interprétée comme une revanche de la Saint-Barthélémy, dont le signal fut donné, dit-on, par les cloches de cette église."</span><br /><br /> C'est toujours à coups de symboles que l'on se bat, que l'on enterre certains pans du passé pour que l'avenir sorte de terre... Symbole contre symbole, drapeau contre drapeau. Ainsi, la révolution de 1848 fut l'affrontement des symboles : le drapeau tricolore, icône de la Révolution mais également de l'Empire, de la répression des barricades de 1830, contre le drapeau rouge que brandissaient les ouvriers révoltés descendus des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, de Ménilmontant, de Montmartre et du quartier Popincourt, de la Butte-aux-Cailles où le sang de la Commune est à présent séché mais où demeure un écho qui serre encore le cœur au promeneur qui sait entendre. <br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmORu2RNtI/AAAAAAAAAMU/RXvTQ7qCQGU/s1600-h/morts+de+la+commune.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmORu2RNtI/AAAAAAAAAMU/RXvTQ7qCQGU/s400/morts+de+la+commune.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069239290866775762" /></a><br /><br /><br /> Eric Hazan aime passionnément ces collines de la ville, ces faubourgs populaires où souffla tant de fois le vent salutaire de la révolte d'un peuple à qui on confisquait toutes ses révolutions. Il leur consacre une partie de son livre, appelée "<span style="font-weight:bold;">Paris rouge</span>", de 1830-1832 où Gavroche alla mourir au milieu des étudiants et des ouvriers de la rue de la Chan