24 août 2006

Rien de tel qu' une touche d'humour victorien

Bonjour à tous et à toutes !

Eh oui, me revoilà. J'étais rentrée depuis deux jours que je me disais déjà qu'il fallait que je vous trouve un petit sujet sympathique pour le retour de vacances, lequel est, chacun le sait, des plus difficiles. J'ai pris quelques leçons chez Anitta, qui a soigné mon léger blues de retour de Bretagne par quelques éclats de
rire, et ça y est, je suis à point. Du reste, je suis ravie de vous retrouver. Cela me console grandement d'avoir laissé la Manche aux mille reflets à quelques 900 km de moi, son ciel changeant à chaque instant... quelques petites visites à droite à gauche sur les blogs amis et j'étais déjà regonflée à bloc!

Alors d'abord je tiens à dédier ce billet à Holly Golightly. Parce qu'elle partage mon amour inconditionnel des auteurs victoriens, parce qu'elle sait bien mieux que moi savourer toutes les nuances de leur humour, et en V.O. s'il vous plaît !, tandis que la feignasse que je suis dois tenter d'en profiter en français : heureusement que les traducteurs existent, sans quoi ma vie serait moins belle... et Holly traduit aussi, ce qui m'épate, moi qui me contente de regarder des films en V.O. sans oser me passer de sous-titres... voyez comme je suis téméraire. Et puis, parce que Dickens, dont il sera ici question, est peut-être son auteur préféré, si l'on écarte James Mathiew Barrie. Enfin, s'il fallait une dernière raison, la plus essentielle peut-être : parce qu'elle partage, comme beaucoup d'entre vous j'en suis sûre, mon goût pour les romanciers, les vrais conteurs, ceux qui nous embarquent où ils veulent sur un claquement de doigt.

C'est vrai qu'il y a des gens talentueux qui réussissent ce petit miracle en confiant des choses intimes de leur vie (Oui, Anitta ! Tu n'échapperas pas à cet hommage), ou comme Tatiana qui tisse de belles histoires sous son figuier, ou d'autres encore qui laissent parler leur âme à travers poèmes et prose intimiste, telles Wictoria, Audrey H, et j'en oublie... mais ils sont rares. Je crois (mais Holly connaît la référence exacte, je n'en doute pas) que le philosophe Gilles Deleuze dit dans son abécédaire que tout le monde peut raconter le cancer de sa grand-mère, que ça sera forcément touchant, mais que ça ne fera pas de vous un romancier. Il ajoute qu'un romancier, c'est quelqu'un qui parle pour ceux qui ne peuvent pas parler, à leur place, dans leur peau. J'adhère totalement à ce propos. Cela demande d'avoir l'oreille fine, et beaucoup de patience. D'abord, il faut faire silence en soi, se mettre en position de guetteur. Attendre parfois interminablement, un peu comme le peintre attend l'oiseau dans le poème de Prévert. Puis, peu à peu, le personnage pointe son nez. Il se dessine, prend corps. Ensuite, il faut parfois enquêter, suivre ses traces pour mieux lui donner chair. De toute façon et dans tous les cas, il faut sortir de soi pour se laisser habiter par lui, et lui laisser le champ libre. Il sera bon et méchant, subtil ou bête à pleurer, il vous agacera ou vous séduira, de toute façon, vous l'aimerez, vous apprendrez à le connaître, et si vous lui laissez la bride sur le cou, il apportera comme un grand courant d'air dans votre petit cerveau. Et le roman prendra son envol. Se mettre dans la peau de l'autre, de tous les autres, les petits et les grands, les vaniteux et les timides, ceux qui vous toisent et ceux dont on écrase les pieds. C'est toute la beauté de la chose. Moi qui suis misanthrope à mes heures (c'est à dire souvent), quand j'écris j'aime tous les fantômes qui me rendent visite, y compris les salopards de la pire espèce. Et je ne suis pas Balzac ou Dickens, loin s'en faut !

Aujourd'hui, je vais donc vous présenter quelques extraits de romans caustiques, tendres, à mourir de rire ou à sourire. Le premier d'entre eux est un petit livre de Dickens, réédité par le Serpent à Plumes : les Chroniques de Mudfog. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, je voulais vous faire partager le coup de cœur que j'ai eu pour sa préface, signée Pierre Gripari. Oui, Pierre Gripari, qui fut et restera toujours pour moi l'auteur des Contes de la rue Broca, qui ont bercé ma petite enfance : la sorcière du placard à balai, la poupée Scoubidou, les deux chaussures qui s'aiment d'amour, vous vous souvenez ? Bref. Là, il parle de Dickens, et quelque chose me dit que ses mots devraient plaire à Holly, ainsi qu'à beaucoup d'autres... Place à monsieur Gripari :

"... ici je me permets d'être partial, passionné, intraitable, même : les gens qui n'aiment pas Dickens sont des gens qui ont une faille, une fêlure... Il leur manque un petit quelque chose.
Je devais avoir treize ans quand je l'ai découvert ; d'abord par le David Copperfield(hélas légèrement abrégé) de la collection Nelson, et ensuite par la traduction intégrale (ce qui à l'époque était rarissime) de Dombey et Fils, publiée par les éditions Desclée de Brouwer, un peu avant la Deuxième Guerre mondiale.
Encore maintenant, quand j'y reviens, ces livres me fascinent. David et le petit Paul Dombey sont pour moi des intimes, des garçons avec qui je vis, dans lesquels je me retrouve, dont je partage les hantises, les craintes, les élans, les obstinations, les rancunes. Nous avons été, eux et moi, bénis par les mêmes puissances, maudits par les mêmes enchanteurs, suivis du même regard ambigu des mêmes fées, tantôt bonnes, tantôt mauvaises. Leur auteur est pour moi un grand-frère, un oncle bien-aimé, un parrain, un guide, un de ces grands morts qui vous prennent par la main, de l'enfance à la tombe, et remplacent le Dieu absent. Si je ne l'avais pas connu, mais vie ne serait sûrement pas ce qu'elle est. [...]
Tout d'abord, c'est un homme qui a des comptes à régler avec sa famille, son enfance et la société. Excellente motivation pour un écrivain ! Il n'est pas bon, pour un artiste, d'être à l'aise dans sa peau, dans son milieu, dans son univers. S'il y est trop bien, il est aveugle, il ne voit pas ce qui l'entoure, il se contente, à ses heures de loisir, de chercher à se distraire... Une vocation d'écrivain, pour être solide, suppose une situation d'inconfort, un déracinement, un porte-à-faux.
Le résultat de cet état de choses, c'est que le grand auteur est toujours plus ou moins pessimiste, et cela quelle que soit son idéologie.

Il en est de même de Dickens. Cet antipapiste est au fond un catholique romain qui s'ignore ; cet anglican déteste le protestantisme ; ce défenseur des femmes en péril est instinctivement et profondément misogyne. Il pense, avec raison, que l'on peut, que l'on doit toujours améliorer la condition des hommes, mais il ne croit pas sérieusement à la perfectibilité de l'espèce humaine. Il propose des réformes, et parfois, les obtient. Mais il sait, au fond de lui-même, que rien ne sera résolu, jamais, que les meilleures institutions se détériorent à l'usage et qu'il faudra toujours, toujours recommencer.

[...] Ajoutons qu'il possède en commun avec ces puritains qu'il déteste le sens profond du mal, de la perversité. Il y a, dans son œuvre, au moins cinq ou six personnages démoniaques, irrachetables, sans pardon. Or, loin de nous dégoûter, ces personnages nous attirent : on se réjouit littéralement toutes les fois qu'ils apparaissent dans le cours du récit, nous avons besoin d'eux comme les chrétiens ont besoin du diable. Avec cela ils sont tous différents, et doués d'une présence affolante.
[•••]
Rien de tout cela n'empêche que notre auteur soit bon, et même profondément gai, ce qui donne à tous ses récits, même les plus noirs, un ton de cordialité affectueuse, de compassion drolatiquee, et fait de lui le plus touchant, le plus aigu des caricaturistes.
Il part, bien entendu, de l'observation du réel, et nul ne saurait ignorer l'importance des souvenirs personnels dans David Copperfield, mais aussi dans Nicholas Nickleby et dans La Petite Dorrit. Seulement la réalité, pour lui, n'est qu'un point de départ. C'est un vrai romancier, DONC ce n'est PAS un réaliste. Comme Balzac ou Hugo, comme Zola ou Mishima, comme tous les vraiment grands, c'est d'abord un conteur, un trouver d'histoires et un visionnaire. Son monde, il ne le décrit pas, il ne le reproduit pas ni ne le photographie : il le rêve, le projette, l'enfante. [...] ...il a compris ceci, que la vraie tâche du romancier, ce n'est pas de faire connaître la société de son temps, ce qui est un travail d'historien ou d'économiste ; c'est de faire connaître les fantasmes de son temps."


Vive les fantasmes, la réalité subjective, les histoires saignantes et les personnages incarnés. Et hop, sans transition, entrons dans le vif du sujet. Mudfog, c'est une petite ville de province fictive dont le nom est constitué de deux éléments qui donnent envie de s'y installer illico : la boue et le brouillard. On s'y voit. Dickens était encore jeune quand il écrivit cette série de portraits caustiques à souhait, une galerie de personnages hauts en couleurs peuplant cette bonne ville. De petits bonshommes aux idéaux élevés mais aux idées courtes, des matrones, des professeurs loufoques réunis en congrès au service de "l'Association de Mudfog pour l'avancement de toute chose", et traitant des sujets les plus divers... de la nécessité de créer des maternelles pour les puces afin qu'elles se joignent aux forces vives du pays, à cette idée ingénieuse pour occuper les jeunes gens de la bonne société sans que leurs "loisirs" provoquent trop de ravages en ville : un des professeurs présents, M. Nezdecuivre (NB : Prière aux éditeurs de ce livre : pourquoi ne pas laisser les noms propres en anglais, et les traduire en bas de page ??) propose de consacrer un terrain très large, clôturé, à la récréation nocturne de ces jeunes gens :

"L'espace ainsi clos devrait être doté de grandes routes, de barrières à péage, de ponts, de villages miniatures et de tous les objets susceptibles de contribuer au confort et à la gloire des Clubs de voitures à quatre chevaux, de sorte que leurs membres n'aillent pas voir ailleurs. [...] Il y aurait aussi des becs de gaz dont les globes pourraient être brisés par douzaines à peu de frais, et de larges trottoirs sur lesquels les gentlemen pourraient faire rouler leurs cabriolets à chaque fois qu'ils auraient l'esprit à rire — pour que leur plaisir soit complet, on engagerait des piétons dans les usines. Ceux-ci recevraient une rétribution raisonnable. L'endroit étant entièrement clôturé, et donc à l'abri des regards curieux, rien ne s'opposerait à ce que les gentlemen se dépouillent de toute pièce d'habillement qui interférerait avec leurs divertissements, ni d'ailleurs à ce qu'ils se promènent sans vêtement aucun, si tel était leur bon plaisir."

Seul problème : le défoulement des jeunes nobles implique en guise de dessert de passer à tabac une victime choisie, si possible à six contre un. Qu'à cela ne tienne : on créera une force de police spéciale constituée d'automates, produit de l'imagination talentueuse du Signor Gagliardi :

" Celui-ci avait produit de vraies merveilles, notamment un policier, un cocher de fiacre, ou une vieille dame d'une vérité criante, lesquels se déplaçaient jusqu'au moment où ils se faisaient rosser par un jeune homme — bien réel celui-là. Mieux, s'ils se faisaient agresser par six ou huit nobles ou gentilhommes, ils s'écroulaient sur le sol, poussaient des gémissements divers, suppliaient leurs agresseurs de les épargner, rendant ainsi l'illusion complète et le plaisir complet."

Le professeur a pensé à tout : on installera des prisons de luxe pour que les gentils garçons y passent la nuit avant de comparaître devant des juges, lesquels seront eux-aussi des automates. Deux ou trois objections sont alors émises dans l'assistance :

"Le Professeur Statik : "Votre projet me paraît présenter une faille. Vos magistrats sont très bien, mais il leur manque la parole.

A peine eût-il prononcé ces mots que M. Nezdecuivre actionna un petit ressort dissimulé dans chacun des deux prototypes de magistrats qui reposaient sur la table ; l'un s'exclama aussitôt, avec éloquence, qu'il était sincèrement désolé de voir de tels gentlemen dans une situation aussi embarrassante, et l'autre s'inquiéta de savoir si le policier n'avait pas agi sous l'emprise de la boisson.

D'un même cœur tous les membres de la section ovationnèrent l'inventeur et déclarèrent que son œuvre donnait satisfaction sur tous les points."



Sur ce, je vous laisse en suspens... car d'ici quelques jours, je vous présenterai un auteur irrésistible de la même époque, et je ne voudrais pas que vous vous dilatiez trop la rate d'un coup. Et puis j'ai souvent regretté amèrement mon inaptitude à faire court... alors... disons que j'ai pris une bonne résolution de rentrée !

J'espère, cela dit, que mon petit billet vous aura donné envie de lire ou de relire Dickens... Il y a deux ans, sur un coup de tête, je me suis lancée dans "De grandes espérances", et je ne l'ai plus lâché avant la dernière page. Un pur bonheur.
Les Chroniques de Mudfog
ne sont pas à proprement parler un récit, mais en guise d'apéritif, c'est excellent !

Bonne soirée, à vous qui aimez les histoires, au cinéma, au théâtre, ou plongés dans un bon livre au coin du feu, puisque nous n'avons plus l'âge qu'on nous les lise au lit, ou qu'une vieille nanny nous berce de contes horrifiques pendant que le vent hurle sur la lande, comme le faisait celle des enfants Brontë !

Gaëlle

17 commentaires:

Holly Golightly a dit…

Ma chère amie,
Je suis immensément touchée. Merci beaucoup. Ton billet est tellement beau que je vais l'imprimer pour le relire avant de dormir.
Tu exprimes tellement bien ce que j'ai toujours ressenti quant aux histoires, quant à mon merveilleux Dickens, qui m'a toujours aidée lorsque j'en avais besoin...
Quelle jolie surprise de découvrir que Gripari a écrit cette préface !
Il me faut ce livre !
Petite confidence : on me fait toujours la lecture, la nuit tombée...

Marmitedecathy a dit…

Contente de te savoir de retour , je sais que c'est toujours dur de rentrer de Bretagne, et encore nous c'est plus facile car on y va souvent en week-end !
A lire ton billet je le dis que je devrais retenter Dickens, j'ai été forcée de lire "David Copperfiel" quand j'étais petite, et j'avais détesté, depuis, je n'ai jamais retenté Dickens, je devrais essayer !

Anitta a dit…

Eh ben, il ne t'aura pas fallu longtemps pour l'écrire, ce billet ! Et là vraiment, Gaëlle, je trouve admirable ce que tu dis à partir de la citation de Gilles Deleuze, ça me touche vraiment car c'est tout à fait ce que j'attends d'un romancier : qu'il ait tellement habité son sujet (son personnage), à force de travail et d'une infinie patience tout en lui tenant la bride sur le cou, qu'à la fin il emmène avec ce personnage ses lecteurs là où celui-ci serait ou aurait pu tout à fait aller. Je reviendrai parler de mon expérience de Dickens plus tard, mais voilà, c'est vraiment ce que je cherche, quand je feuillette un livre à l'auteur inconnu sur les rayonnages d'une FNIN ou d'un VIRGNAC : entendre une petite musique à nulle autre pareille qui ME parle, et jamais ne s'égare en fausses notes... ou digressions trahissant son auteur. Bisous !

Gaëlle a dit…

A Holly : heureuse que ma petite surprise t'ait plu ! Et dis-moi, tu en as de la chance qu'on te lise encore des histoires... Moi j'en lis à ma petite fille qui en raffole. Et j'espère ainsi qu'elle mordra à l'hameçon qui m'a attrapée moi-même à l'âge tendre, et m'a donné l'amour furieux des histoires !

Bonsoir Marmidecathy! Ravie de te revoir par ici ! Oui, dur dur de quitter la Bretagne mais c'est bon de vous retrouver. Et au sujet de Dickens : essaie "De grandes espérances", et "A Christmas Caroll", cette petite merveille. Et "Oliver Twist"... et j'en passe... peut-être as-tu lu David Copperfield trop tôt ? Et en plus si c'était sous la contrainte de l'école... j'ai toujours fait mon possible pour ne pas lire ce qui m'étais prescrit contre mon gré. Je lisais selon mes caprices. Il n'y a rien de meilleur ! Bises.

Gaëlle a dit…

Merci Anitta ! Ben oui, j'ai essayé de faire vite, fallait quand même que la lionne puisse nourrir ses petits ! J'avoue que ça ne m'étonne pas, moi qui lis en me régalant ce que tu écris, que tu aies été touchée par ce que Deleuze dit du romancier. Je savais que ça te parlerait... Bisous !

Doune a dit…

Oui, j'avoue! Je n'ai jamais lu Dickens! Ce n'est pas faute d'aimer les auteurs anglosaxons mais dans mon esprit, Dickens="pauvres gosses maltraités par ses histoires" et je me suis toujours sentie le coeur vacillant à cette idée... je suis une petite nature :S

PS: Je tenterais bien quand même l'aventure avec "de grandes espérances"

Gaëlle a dit…

Bonjour Doune! Quel plaisir de te revoir ici !Je crois que toi qui es une fine lectrice, tu devrais lire "De Grandes espérances". Peut-être que comme moi, tu as associé il y a longtemps Dickens à Oliver Twist, mais même si tu le relisais aujourd'hui, tu verrais qu'il n'est pas si noir que ça ! j'ai été emballée par "De grandes espérances", et par "A Christmas Caroll", mais il y en a tant qu'on ne trouve pas aisément en traduction, comme la petite Dorrit ou Dombey et Son...Je précise à ceux à qui l'anglais ne fait pas peur qu'il existe des versions bilingues (pratiques pour les froussardes comme moi) et que vous pouvez télécharger gratuitement la grande majorité des œuvres de Dickens sur le site de Gallica. En fait, Doune, je crois que Gripari a raison : Dickens est sûrement un des plus fabuleux raconteurs d'histoires de tous les temps. Et je me souviens que dans "L'œuvre de Dieu, la part du diable", un de mes livres préférés de John Irving, à l'orphelinat on lit aux filles chaque soir quelques pages de Jane Eyre, et aux garçons quelques pages de David Copperfield. Et dans "Une prière pour Owen" (autre de mes romans de chevet, par John Irving toujours", le "Conte de Noël" de Dickens joue un rôle important. Bref, je suis sûre qu'en France on souffre d'une grande méconnaissance de cet auteur génial. Gros bisous Doune !

Anitta a dit…

Voilà, tu m'as mangé mon appréciation de Dickens que je fourbissais depuis l'autre fois ;-) C'est quelqu'un que, comme Doune, j'assimilais à Oliver Twist et son cortège de clichés sur les enfants errants, etc... mais que John Irving, à travers les deux livres que tu cites, a contribué à réhabiliter à mes yeux. Cependant, je n'ai pas encore franchi le pas, il y a toujours, malgré les années, une barrière qui m'en empêche. Peut-être le fait que je sais très précisément où je vais trouver très facilement ces deux ouvrages (au moins) et que je n'ai pas envie d'y aller voir ? En tout cas, je te tiendrai au courant de mes efforts pour surpasser cette barrière !

Gaëlle a dit…

Désolée si j'ai mangé quoique ce soit ! C'est que je suis gloutonne, parfois. Ma gourmandise livresque le dispute à mon irrésistible envie de papoter. Tu sais, en toute confidence, je suis un peu comme toi... et pourtant j'avais lu et aimé Oliver Twist, mais il m'avait serré le cœur si puissamment à 15 ans qu'il m'a fallu 6 ans de plus et la rencontre de John Irving (ah, John... un de mes héros modernes) pour l'envisager autrement. Mais tu vois, hormis The Christmas Caroll qui est une merveille et "De grandes espérances", et maintenant Mudfog qui m'a fait rire de bout en bout, je ne me suis pas encore aventurée bien loin. Mais je vais. Je sais maintenant que je serai comblée : "De grandes espérances" est un bijou. Bon courage pour ta barrière !

Holly Golightly a dit…

Bonheur de te lire quand tu parles de John Irving, qui est un de mes guides.

Gaëlle a dit…

A Holly : Un de mes guides aussi, un de mes écrivains préférés et encore vivants ! Il va sortir un nouveau livre, là, à la rentrée... je suis enivrée par la perspective. Mais j'ajouterai que beaucoup d'auteurs contemporains que j'admire profondément se réclament de l'influence de Dickens : Jonathan Coe, par ex (je vous en parlerai un jour prochain), Michel Faber qui a écrit ce splendide roman "La rose pourpre et le lys"..., mais aussi, par ex, Michaël Cunningham, et j'en passe ! Peut-être même que Fred Vargas, qui a une vive admiration pour les grandes auteurs qui "creusent profond", au nombre desquels, je crois, V Hugo et Balzac (presque impossible à éviter, des géants), peut-être qu'elle a un faible pour Dickens... cela ne m'étonnerait pas !
Donc, les gars, démentez l'école littéraire française qui a tendance à ignorer Dickens : allez voir, et vous découvrirez un conteur, un vrai, noir et enchanteur, plein d'humour et de causticité, tendre aussi, déchirant à ses heures. Un géant. Comme Shakespeare. Inusable, et qu'il vaut mieux lire quand c'est le bon moment. Quand on a de nouveau envie d'écouter de bonnes histoires, de vraies histoires, pas un simple décalcomanie de sa rupture avec Brigitte ou de sa pauvre petite vie sexuelle en quête d'éternelles stimulations (même si j'en conviens, tout ça est navrant, mais ce navrant suffit rarement à atteindre l'universel romanesque !).

Wictoria a dit…

Bonsoir Gaelle, je viens de lire une histoire à chacun de mes galopins et je descends lire les miennes...
J'ai beaucoup pleuré et aimé Jane Eyre dont j'ai le livre dans une vieille édition (voir ma photo) :
http://wiches.googlepages.com/janeeyre.jpg

Attendre l'oiseau comme dans le poème de Prévert, ce doit être ainsi que j'agis sans m'en rendre compte...cette allégorie de la création me plait beaucoup !

Bises Gaelle

Gaëlle a dit…

Merci beaucoup Wictoria : tu es une de celles dont j'attendais le retour !!
Je ne suis pas étonnée que l'image de l'attente de l'oiseau te parle, à toi qui es à la fois poète, mais aussi une conteuse de prose, une vraie, dont j'aime l'écriture... Une créatrice, quoi.
Quant à Jane Eyre... c'est MON livre de chevet de toujours ! Je l'emporterais sur une île déserte, encore que l'île déserte soit pour moi un cauchemar. Je préfère me retirer quelque part en moi, une île déserte que j'aime et dont je peux sortir à la demande...
Bises et à bientôt, j'ai beaucoup de retard de lecture chez toi, et surtout la SUITE de certaine histoire !

Gaëlle a dit…

Ouh, je viens d'aller regarder la photo et... qu'est-ce qu'elle est belle ton édition de Jane Eyre ! Moi c'est un vieux poche usé jusqu'à la corde, raviné par mes larmes, et où Jane Eyre a l'air d'une aventurière voluptueuse et mystérieuse (un peu comme sur les vieux Arlequin), et où la préface dit en gros "ce livre a beaucoup de longueurs" (!!) mais je l'aime à la vie à la mort, comme les enfants adorent leur doudous en piteux état...

Miss Poivert a dit…

Alors, deux choses :

D'abord, j'ai beaucoup apprécié, moi aussi, ce que tu dis du travail de l'écrivain.

Ensuite... Je vais te dire la même chose qu'à Holly à propos du Petit chose ou du Grand Meaulnes (ou l'autre jour chez toi, au sujet des livres de Daphné du Maurier) : pendant mon enfance, j'ai particulièrement voyagé dans ma tête avec Dickens.
Un des premiers livres qu'on m'ait offert est une version abrégée de Monsieur Pickwick, bientôt suivi par La petite Dorrit (tiens, d'ailleurs, penser à me procurer les versions non expurgées serait une bonne idée !). Et puis Le grillon du foyer. Et puis David Copperfield, et puis Oliver Twist.
Et effectivement, à l'adolescence, Les grandes espérances... Que je possède dans une bien belle édition en feuille du début du 20e (ou de la fin du 19e, je ne sais plus), en deux volumes. Comme La petite fadette, dont l'exemplaire d'une édition en feuille à 2 francs 6 sous m'avait été offert par ma grand-mère.
Ces livres-là, je les ai donc lus, gamine, en les tenant du bout des doigts, de peur qu'ils s'effritent et ne disparaissent entre mes mains. La posture de lecture qu'on adopte a souvent une grande incidence sur ce qu'on retient du livre lu.

Gaëlle a dit…

"Ces livres-là, je les ai donc lus, gamine, en les tenant du bout des doigts, de peur qu'ils s'effritent et ne disparaissent entre mes mains. La posture de lecture qu'on adopte a souvent une grande incidence sur ce qu'on retient du livre lu." : je me retrouve complètement dans ta jolie phrase, miss Poivert. Mais tu as lu beaucoup plus de Dickens que moi, et à l'âge tendre ! Ma bibliothèque était pauvre, et je vivais dans un village où les livres étaient rares. Mes livres étaient mon trésor. Je cauchemardais souvent d'incendies, impossible de pouvoir tous les sauver ! Ce cauchemar est très bien traduit en images dans une scène du "Nom de la Rose" qui m'a serré le cœur... Enfin ton message est très beau et j'espère qu'il donnera envie aux visiteurs de passage de découvrir ces livres, avec comme guide la petite fille que tu étais et restes au fond de toi.

Miss Poivert a dit…

Bien contente que ma tite phrase t'ait plue !
Pour ce qui est de mes lectures précoces, c'est vrai que j'étais, à l'époque, un vrai aspirateur à bouquins. Tout y passait. L'Attila des bibliothèques. Mes parents m'achetaient des livres pour mon anniversaire et pour Noël, mais le reste du temps, j'allais à la bibliothèque de ma ville. J'habitais une petite ville, mais avec une bibliothèque, heureusement !
Et tu sais quoi ? Mes livres, je les ai toujours considérés comme mon bien le plus précieux. Je te dirais même que j'étais prête à voler pour en avoir de nouveaux. Je ne l'ai jamais fait dans une librairie, mais par contre, je ne me suis pas gênée pour piller les quelques livres que ma mère s'était achetés adolescente... Je ne les lui ai jamais rendus. Dans ma famille, on ne lisait pas. Mais on m'encourageait beaucoup. La lecture comme ascenseur social. Genre, tu seras pas balayeuse si tu lis, alors lis, lis, lis. Heureusement que j'ai aimé ça !
Je comprends donc parfaitement tes cauchemars d'incendies.
Et la petite fille que j'étais n'est pas au fond de moi. Elle est là, et t'écris.