Bonjour à tous... ou plutôt bonsoir, car même si le soleil n'est pas couché encore, celui dont nous allons parler se sent déjà mieux à cette heure et étire ses muscles vigoureux dans l'obscurité de son tombeau.
Entrez, entrez donc, la porte est ouverte.
"Entrez de votre plein gré, entrez sans crainte et laissez-y un peu du bonheur que vous y apportez."Nous voici lancés sur la piste de Dracula, ou Drakulya, alias Vlad Tepes, dit l'Empaleur. Ne vous l'avais-je pas promis ? La Créature m'a donné bien du fil à retordre, aussi la quête s'étendra-t-elle sur plusieurs épisodes... Je ne prétends pas être exhaustive : le dernier roman dont je vous parlerai a été écrit par une dame qui a enquêté 10 ans sur Dracula... autant dire que 3 petites semaines de travail intensif ne font pas le poids ! Je me concentrerai sur quelques petites choses, et votre imagination et votre curiosité, voire votre connaissance (car je sais qu'il y a parmi vous des spécialistes) feront le reste. Je vous préviens néanmoins que nous allons affronter des forces ténébreuses, et que dans ce combat entre le "bien" et le "mal", les lignes vous paraîtront parfois brouillées... hé hé hé. J'ajoute aussi que les gousses d'ail ne vous serviront à rien. Il faut de la fleur d'ail. Il n'y a que ça qui marche. Avec la foi. Mais la foi... peut aussi conduire à la guerre sainte... enfin. Vous êtes prêts ? Alors, commençons.
EPISODE PREMIER : Où COMMENT UN IRLANDAIS IMPERTINENT SE SERVIT DU VAMPIRE POUR RÉVÉLER AUX VICTORIENS L'ABÎME DE LEURS PROPRES TERREURS :
Abraham Stoker n'a pas inventé les vampires. Et encore moins Dracula. Seulement cet Irlandais, né en 1847 près de Dublin, a été longuement malade enfant, veillé par une mère féministe avant l'heure qui lui racontait des histoires très effrayantes qu'elle-même affectionnait. Ah, l'influence des mères sur les enfants... et des premiers contes... nous y reviendrons un jour prochain. Toujours est-il que cinquante ans plus tard exactement, Bram Stoker publiait un chef d'œuvre de la littérature fantastique qui n'a pas pris une ride : Dracula.
Ce roman, dont nous allons causer aujourd'hui, n'était pas le premier sur les vampires, il y en avaient eu beaucoup d'autres, comme le Carmilla de Le Fanu, mais il avait l'originalité d'être très documenté, et de faire un lien romanesque entre deux personnages : le vampire redouté depuis la nuit des temps aux quatre coins du monde ( et fréquemment associé aux épidémies de peste...) et le personnage historique Vlad III de Valachie, grand pourfendeur de Turcs au XVème siècle, descendant d'une lignée prestigieuse, et appelé Dracula : en roumain, ce mot signifie à la fois Diable, dragon, et "diable d'homme" dans un sens craintif et élogieux.

Moi, j'ai découvert ce prince roumain vampire au cinéma, quand je suis sortie éblouie du film de Francis Ford Coppola. Éblouie, je pèse mes mots. Je ne suis pas une amatrice de films d'horreur, j'ai dépassé ce cap à quinze ans après m'être infligé l'Exorciste, Le Retour des Morts Vivants, Les griffes de la nuit et aussi toutes sortes de navets kitch et gores qui passaient à ma portée... j'ai dû faire une overdose ! Mais j'aime le fantastique. Le fantastique, c'est lorsque le réel dérape dans l'inexplicable. Le fantastique est un genre passionnant qui est né au XIXème siècle, justement parce que ce siècle était ivre de conquêtes scientifiques, de découvertes industrielles, avait tué Dieu et ne croyait plus qu'en une chose : le progrès humain, qu'amèneraient main dans la main la science, la médecine, l'argent, et la loi.
Avant d'entrer dans la salle de cinéma, un vampire, pour moi, n'était qu'un super Casanova sanguinaire, prétexte à offrir des jeunes filles dénudées en pâture au spectateur. En sortant, j'avais assisté à une épopée superbe, baroque, envoûtante et romantique, dont l'introduction à elle seule vous laisse sans voix sur votre siège. Ce film est à ce jour le plus fidèle hommage au livre de Bram Stoker, et, comme toute bonne adaptation cinématographique, c'est aussi parce qu'il trahit le livre. Nous allons voir comment.
L'histoire commence avec l'arrivée de Jonathan Harker, associé prometteur d'un "sollicitor" anglais (un notaire), dans les Carpates, la veille de la Saint-Georges (le 5 mai, aussi appelée Walpurgys Nacht), la nuit où,
"aux douze coups de minuit, tous les maléfices régneront sur la terre". D'entrée de jeu, on sent que le héros a choisi son moment (mais l'a-t-il choisi ?) pour débarquer chez un lointain client, le comte Dracula, qui l'a invité en son chateau de Transylvanie pour finaliser certaines acquisitions immobilières près de Londres. La nuit sera agitée, et Jonathan restera des semaines prisonnier du château avant de parvenir à s'en échapper, dans un état de grande fragilité nerveuse, entre amnésie et traumatisme, doutant de sa propre santé mentale.
Mais tout ceci n'est qu'une diversion cruelle, car Dracula a d'autres plans que de torturer Harker, qui n'est qu'un instrument sur sa route : il veut conquérir Londres. Pour en savoir plus sur cet homme et sur son sombre dessein, il faudra attendre les deux tiers du roman, et que le professeur Van Helsing, venu d'Amsterdam combattre la créature, nous en livre les secrets. Dracula n'est donc d'abord qu'une menace invisible, inconnue et indéfinissable, d'autant plus effrayante pour les pauvres Victoriens qui vont y être confrontés.
L'histoire commence véritablement à Whitby, petit village du Yorkshire, où une abbaye en ruines, devant un cimetière, regarde la mer. Ici, on croise deux jeunes filles en villégiature qui rêvent aux fiancés qu'elles ont choisis: Wilhelmina Murray, dite Mina, et Lucy Westenra, son amie aristocrate. On croise aussi un vieil homme bizarre, ancien marin, qui raconte que les tombes du cimetière sont vides... et qu'elles ne sont gravées que de mensonges puisque les morts n'y reposent pas (perdus en mer).
Ci-dessous, le cimetière de Whitby, près de l'ancienne abbaye (North Yorkshire, été 1994); photo trouvée parmi des dizaines d'autres, magnifiques, sur le blog de Le-Plume.
Ce rivage sauvage, avec ses tombes vides et son abbaye en ruines, voit arriver un soir, au beau milieu d'une tempête soudaine, une goélette enveloppée de brouillard, avec à la barre un cadavre qui s'est lié les mains au gouvernail, les serrant autour d'un crucifix. La goélette est pleine de caisses de terre et de cadavres. Au moment de toucher terre, un chien mystérieux saute du bastingage. Ce chien, dit Stoker avec humour, toute l'Angleterre en émoi l'eût aussitôt adopté si on avait pu lui mettre la main dessus. Pensez donc, le seul rescapé d'une tragédie maritime ! Et puis le chien n'est-il pas le meilleur ami de l'homme ? Pas toujours. Quant aux deux jeunes filles qui aimaient bavarder, innocemment assises sur la tombe vide d'un suicidé, les yeux contemplant la mer, l'une d'elles, Lucy Westenra, deviendra la première proie du vampire sur le sol anglais.
Le siècle victorien, plus qu'aucun autre, a été celui de la peur des femmes. Cette peur était une angoisse de l'incontrôlable. La femme n'était pas lisible comme l'homme. On pouvait bien la disséquer, ouvrir ses entrailles, hypnotiser son cerveau, elle restait impénétrable. Et pourtant, on rêvait et redoutait de la pénétrer, tant érotiquement que psychiquement. Bram Stoker avait assisté aux séances d'hypnose de Charcot à la Salpêtrière, ce spectacle fascinant où un homme, tel un magicien, ordonnait aux femmes en léthargie d'obéir à son bon vouloir. Ce pouvoir "magique" et pourtant né de la science, dont les femmes étaient les objets de choix car — enfin ! — on pouvait se donner l'illusion de les contrôler totalement, est omniprésent dans le roman. Le vampire a choisi Lucy parce qu'elle est somnambule, depuis l'enfance. Donc plus réceptive à la transe. Le somnambulisme, comme l'hypnose, faisait partie de ces terres vierges que les nouveaux explorateurs de l'esprit humain tentaient d'éclairer de leurs torches.
C'est ici la principale différence entre le roman et le film de Coppola : dans le roman, les femmes appartiennent à la société victorienne, elles sont censées passer des bras de leur père à ceux de leur mari, sous la surveillance vigilante de leur mère, et dès qu'elles atteignent l'âge dangereux de jeune fille, tous leurs faits et gestes doivent être contrôlés : on les prie de tenir un journal, on aimerait scruter dans leurs rêves les désirs coupables, mais on veut les croire innocentes car on fait tout pour qu'elles le restent ! Une jeune fille exprimant des désirs sensuels est une abomination. On ne lui parle pas comme à une femme, on l'appelle "mon enfant", "ma petite fille". Le roman de Stoker est plein de ce vocabulaire d'époque. Les jeunes filles n'ont qu'une finalité, celle d'épouses. Sans quoi elles seront de dangereuses laissées pour compte. Il faut contrôler leur sexualité dans le cadre strict du mariage et de la procréation, parce que la femme est scientifiquement réputée faible et insatiable, esclave des pulsions de son uterus qui peut la rendre folle si elle ne s'active pas à le remplir d'enfants à naître.
Dans le film de Coppola, Lucy est dès le départ une dévergondée qui ne pense qu'à "ça", et choque son amie Mina. Van Helsing, très cynique dans le film, (alors qu'il est bienveillant et paternaliste dans le roman, mais néanmoins perspicace) parlera d'elle comme d'une "enrôlée volontaire", une "concubine du démon", dont il consent malgré tout à tenter de sauver "la précieuse âme". La Lucy du film aimante à elle la bête-vampire autant qu'il l'attire à lui. C'est une rencontre mutuellement consentie. Mais Coppola est d'un autre siècle, où les femmes ont le droit de choisir et de désirer, même si dans la réalité, ce n'est pas toujours si simple...
Mais revenons à la Lucy du roman, tellement plus intéressante que l'intrigue lui consacre près de trois cent pages, alors que Mina n'est mise en lumière que dans la seconde partie du roman. Lucy a vingt ans, et a reçu trois demandes en mariage coup sur coup. Elle en a refusé deux, clairement mais avec tristesse. C'est une jeune fille honnête, elle ne joue pas avec les sentiments des hommes, mais secrètement, elle regrette d'avoir à restreindre son choix à un seul époux, car les trois prétendants sont attachants :
"Ma chère Mina," écrit-elle,
"pourquoi les hommes ont-ils une telle grandeur d'âme alors que nous, les femmes, sommes si indignes d'eux ?(...) Pourquoi une jeune fille ne peut-elle pas épouser trois hommes, et plus même, si elle en a l'occasion ? Ne crois-tu pas que cela épargnerait bien des ennuis ? Mais, je le sais, ce ne sont là des propos à tenir... Seulement je peux dire que, malgré mes larmes, j'eus le courage de regarder M. Morris dans les yeux et lui répondre avec cette franchise dont lui-même venait de parler"Là voilà donc fiancée à Arthur Holmwood, qui deviendra bientôt lord Godalming. Elle laisse deux soupirants au cœur transi. L'un d'eux, le docteur Seward, dirige un asile d'aliénés près de l'abbaye abandonnée de Carfax, et son amour pour elle le fera voler à son secours dès qu'il décèlera en elle une pâleur inhabituelle, un désordre nerveux, une certaine difficulté à respirer, un sommeil léthargique peuplé de cauchemars... tous ces symptômes ne vous rappellent rien ? Ils étaient communs à bien des femmes victoriennes : ils cachaient parfois la tuberculose, parfois une "maladie de langueur" qu'il fallait soigner par des cures toniques aux bains de mer, ou en les faisant copieusement manger, afin que ces faibles créatures reprennent des couleurs ! Ils pouvaient aussi dissimuler l'hystérie, LA maladie du siècle, cette "maladie" qu'on appelait possession au XVIème siècle et qui donnait autant de travail aux Inquisiteurs qu'aux aliénistes du XIXème siècle... Lucie est bel et bien possédée, dans son sommeil, en état de transe somnambulique, mais contre son gré. Nul pacte avec le démon. Lucie est une victime, qui acceptera avec bonheur les guirlandes de fleurs d'ail que Van Helsing, dépêché d'Amsterdam par son ami Seward, lui accrochera au cou.
Car Van Helsing, aveuglé au départ, finit par déceler là l'œuvre d'un "nosferatu", et monte la garde pour sauver Lucie, tout en la sauvant par de multiples transfusions. Il va échouer à chaque fois, et la plupart du temps à cause de la mère de Lucie... une mère typique de l'époque : elle aime tellement sa fille que son cœur saigne à la pensée de son prochain mariage (mais au fond elle s'en réjouit. Car les mamans victoriennes sont d'honorables mères maquerelles, parfois même aimantes, qui ne songent qu'à placer leurs filles et à s'en débarrasser... s'en reporter à Jane Austen !), mais elle déshérite tranquillement sa progéniture au profit de son futur époux, refuse que le docteur Seward monte la garde dans la chambre de sa fille (c'est inconvenant), refuse d'y coucher elle-même car elle veut dormir tranquille, prétend sans cesse que sa fille se porte comme un charme alors que celle-ci dépérit à vue d'œil, et va jusqu'à arracher les guirlandes d'ail de sa chambre quand Van Helsing a le dos tourné, ouvrant l'accès du cou de sa fille au vampire... Les hommes sont perplexes devant cet aveuglement, cette indifférence maternelle, et la mettent sous le compte d'un "réflexe protecteur d'égoïsme". Finalement, c'est en sauvant sa mère que Lucie meurt de la dernière attaque du vampire... toujours victime, cette fois de son dévouement filial, lequel causa des dommages innombrables chez les jeunes filles de ce temps-là...
Un épisode singulier survient pendant l'enterrement : Van Helsing y attrape un fou rire, alors que le fiancé en deuil vient de lui confier que d'avoir donné son sang à Lucy pour la sauver (au cours d'une transfusion) fait d'elle sa femme à ses yeux, car le sang les a unis. Plus tard, Van Helsing explique son fou rire au docteur Seward :
"— N'a-t-il pas dit que le sang qu'il avait donné à Lucy avait fait d'elle sa femme ?
— Si, et cette idée, visiblement, le réconfortait.
— Très vrai ! Mais, ici, mon ami, surgit une petite difficulté. Car s'il en était ainsi, si, à cause de la transfusion de sang, il avait l'impression que Lucy était réellement devenue sa femme, n'en irait-il pas de même pour nous ? Ho ! Ho ! Lucy, la charmante Lucy, aurait donc eu plusieurs maris, et moi, qui ai perdu ma pauvre femme, laquelle est pourtant vivante selon l'Eglise, moi, époux fidèle de cette femme qui n'est plus sur terre, je serais bigame !"Le lecteur, évidemment, sachant que Lucy avait peine à se résoudre à la monogamie, est sensible à cet humour noir... Pourtant, jusqu'ici, Lucy est encore une sacrifiée malheureuse, une Iphigénie pure et charmante, ceux qui l'ont perdue sont inconsolables.
C'est après son enterrement que ça se gâte : elle devient une autre personne, que les journaux vont appeler "La dame-en-sang". Une mystérieuse créature vêtue d'un linceul blanc invite des enfants à faire des promenades avec elle, et ils en reviennent en vie, mais avec deux petites blessures sur la veine du cou. Une nuit, les trois prétendants de Lucy et Van Helsing se mettent en planque au cimetière, et la surprennent alors qu'elle tente de regagner sa tombe avec un enfant. A cet instant se matérialise devant eux toute l'horreur qu'ils savaient, du fond de leur crainte, que la femme dissimulait sous les convenances, dévoilée devant eux par le passage à l'état de vampire. Le docteur Seward nous le raconte :

" Lucy Westenra, mais à quel point changée ! La douceur que nous lui avions connue était remplacée par une expression dure et cruelle et, au lieu de la pureté, son visage était marqué de voluptueux désirs.[...] A nouveau, l'horreur nous fit frémir. [...] C'étaient les yeux de Lucy quant à la forme et à la couleur ; mais les yeux de Lucy impurs et brillants d'un feu infernal au lieu de ces douces et candides prunelles que nous avions tous tant aimées. A l'instant, ce qui restait de mon amour se changea en un sentiment fait de haine et d'exécration ; si on avait dû la tuer alors, j'aurais voulu le faire moi-même, et avec quel cruel plaisir ! Tandis qu'elle continuait à nous regarder de ses yeux flamboyants et pervers, son visage rayonna d'un sourire voluptueux. Seigneur ! Que c'était odieux à voir !"
Les amoureux de Lucie sont devenus de haineux chasseurs de sorcière : et elle, la pure victime, l'incarnation de ces diaboliques dépravées qui se nourrissent des enfants et assouvissent leur nymphomanie en toute liberté. C'est vêtus de noir — et non pas du noir du deuil mais de celui que revêtaient les inquisiteurs — qu'ils la tueront sauvagement. Ici, la Lucy de Coppola et celle de Stoker se rejoignent enfin.
Dracula métamorphose donc les sages victoriennes en ces créatures perverses et dangereuses que les hommes de ce temps (de tous les temps ?) redoutaient plus que tout. Mais il ne fait pas que cela... N'oublions pas que pour Stoker, le comte vient de Transylvanie, "le pays par-delà les forêts". Et les forêts... sont depuis l'aube des temps le lieu des ténèbres, de l'insondable, des contes de fées. Avec le vampire, c'est tout ce chaos horrifique des contes de fées qui remonte de l'enfance et s'introduit dans le Londres policé où l'on repousse la nuit quartier par quartier en y éclairant peu à peu les rues. Mais où rôdait récemment Jack l'Eventreur, cantonné cependant aux quartiers louches que n'atteignait guère la civilisation... ici, c'est la bonne société qui est touchée de point fouet : une aristocrate, un lord, un médecin, un notaire, un scientifique...
Et ce qui terrorise les adultes rationnels plaît beaucoup... aux enfants. Souvenez-vous de ce chien sauvage, autant dire un loup, qui avait surgi du Déméter, la goélette perdue touchant terre à Whitby. Un peu plus tard, un autre loup s'échappe du zoo de Londres. Puis, c'est cette mystérieuse "dame-en-sang" qui fait les manchettes des journaux. Et quand le professeur Van Helsing, toujours scientifique, se rend à l'hôpital de la ville où l'on recueille les enfants mordus par la dame en question, il y interroge le docteur Vincent, qui croit pour sa part que ces enfants sont victimes "d'une de ces chauves souris, si nombreuses sur les hauteurs au nord de Londres :"
"Parmi toutes celles qui sont inoffensives, ajouta-t-il, il en est peut-être une espèce sauvage plus cruelle, venant des pays du Sud. Peut-être quelque marin en a-t-il ramené une chez lui et s'est-elle échappée, ou bien est-ce une jeune chauve-souris qui s'est échappée du jardin zoologique, et pourquoi, dans ce cas, ne serait-ce pas une chauve-souris de la race des vampires ? Car on en élève au zoo. Il n'y a pas dix jours, c'est un loup qui s'en est échappé, et on l'a aperçu, je crois, dans ces environs. Aussi, durant une semaine, les enfants n'ont pensé à rien d'autre qu'au Petit Chaperon rouge jusqu'au moment où cette "dame-en-sang" a fait son apparition... Alors, ils n'ont plus pensé qu'à elle... Ce pauvre petit encore, quand il s'est réveillé tout à l'heure, a demandé à l'infirmière s'il pouvait partir. Et quand elle a voulu savoir pourquoi il désirait partir, il lui a dit : "Pour aller jouer avec la dame-en-sang.
— J'espère, lui dit Van Helsing, que, lorsque vous permettrez à l'enfant de rentrer chez ses parents, vous recommanderez à ceux-ci de le surveiller étroitement."Eh oui... Dracula met tout Londres sur le qui-vive ! Il nargue les hommes en leur volant leurs douces promises, et attire à lui les enfants qui raffolent des contes de fées et de l'effroi qu'ils leur procurent... Avec lui, c'est toute la forêt qui envahit l'Angleterre. La forêt profonde, sauvage, millénaire, qui déploie ses racines tentaculaires au nez de ces bâtisseurs industrieux qui prétendaient la reléguer dans la nuit du Moyen Age et domestiquer la nature...
La suite au prochain épisode, car le soleil se couche, et le vampire ne va pas tarder à ouvrir les yeux.
Bonne nuit à tous !
Au moins demain chez Laurence hein ?
Tu as lu La ligue des gentlemen extraordinaires ?
C'est époustouflant la passion que tu mets dans ce texte (et les autres).
J'apprécie à sa juste valeur.
As-tu projet, pour la suite, de parler de Murnau ? Je suis convaincue que oui et j'attends les autres billets avec impatience.
Bravo !
Merci pour le lien sur Barrie ; je suis très touchée.
Tu m'as donné envie de m'y replonger avec un regard neuf, merci
(encore un sujet traité avec maestria :) )
Par contre, la découverte du film de Coppola fut pour moi un véritable crève coeur : je m'attendais à découvrir le plus fidèle hommage au livre de Bram Stoker, et je n'ai vu que trahison et perte de sens. Mais bon, n'entamons pas tes billets suivants... nous en rediscuterons dans quelques jours ;)
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Quant à ton site sur Barrie, je suis en admiration devant l'immense travail que tu as accompli en hommage à ce grand auteur. Quelle belle preuve de ton attachement à lui ! Et en tant que lectrice qui cherchais depuis longtemps la trace de l'auteur de Peter Pan sans trouver grand chose (comme tu dis en France ce grand écrivain est injustement méconnu, c'est même assez scandaleux), je te suis reconnaissante, ô combien ! Ces compliments sont sincères et mérités.
Je suis mitigée sur le film de Coppola, esthétique, un peu esthétisant à mon goût. Les décors, les costumes, le maquillage sont somptueux, rien à dire, la mise ne scène et les effets spéciaux spectaculaires, encore aujourd'hui.
Il n'empêche que j'étais restée et reste toujours un peu sur ma faim. Je me souviens être sortie déçue de la salle de cinoche : plein la vue, plein de personnages, mais pas assez de trouille. Je suis un peu trouillarde, mais j'aime me faire peur de temps à autres et de ce point de vue le film ne m'avait pas satisfaite.
Je reste également perplexe sur les plans de globules rouges qui s'intercalent à un moment... totalement gratuit de mon point de vue, avec un vielle allusion au HIV comme une réminiscence des "Prédateurs", autre film de vampires... là, ça m'avait carrément énervée... sans oublier que Keanu dans ce rôle est une endive, une belle endive, certes, mais une endive quand-même...
N'ayant pas lu le livre, ni aucun de Jane Austen quand le film est sorti, je ne savais pas que Lucy n'est pas la délurée que Coppola nous décrit. Cependant je trouvais son comportement un peu exagéré et trop fastoche que la fille qui a une mauvaise vie meure la première et gnagnagna, et gnagnagna...
En revanche, j'ai bien apprécié la subtilité des liens entre Vlad et Mina. Le balancement entre répulsion et attraction fait naître une sensualité incroyable qui permet à Mina de se révéler à elle-même.
Et là, oui, je sens la puissance dont tu parles.
J'attends la suite avec impatience ! J'adoooooooooooooooooooooooore les histoires de vampires ! (quand je vous dis que j'aime me faire peur !)
J'ai lu le Dracula de Stoker 2 ou 3 fois, il y a bien longtemps, et avant de voir le film. J'étais gamine, il ne m'en reste pas grand-chose, alors ton post me donne envie de le re-re-...-lire à nouveau avec un tout autre regard.
Le parrallèle que tu fais entre le roman et le contexte de l'époque est passionnant !
J'ai revu le film (que j'avais adoré au cinéma) assez récemment, et j'ai la curieuse impression qu'il a mal vielli et que les personnages sont devenus un petit peu ridicules, en dehors du couple Mina-Dracula.
Vivement le 2ème épisode.
Il est aussi bon de remarquez que ce roman est sous la forme d'un recueil de lettres, coupures de presse, journaux intimes, etc. Ce qui en fait presque un vaste copier-coller disparate mais cohérent (dans la tradition des nouvelles fantastiques souvent raconté par un personnage autre, comme mis en abyme). A ce sujet ce roman me semble très contemporain dans la façon de raconter, l'ère industrielle étant déjà en marche en Grande-Bretagne à cette époque.
Mais il y a tellement à dire sur ce mythe hors-Dracula !
A Slumblogger : Merci pour ton message qui vient très judicieusement compléter mon billet ! Ce que tu dis est très intéressant. Je vais rester encore un peu avec Stoker et Coppola pour le prochain post, ensuite on remontera le temps pour chercher Vlad Tepes à la source... mais je n'épuiserai ni le mythe ni même Dracula, aussi j'en profite pour dire que vous êtes tous invités à y aller de votre petite contribution ! Le mythe du vampire est bien plus riche et profond que ce que l'on pense au départ, et il s'embranche à quantités d'autres mythes et "superstitions" remontant à la nuit des temps... A bientôt donc !
6/20/2006 3:59 PM
Si tu ne parles pas de Murnau, je le ferai, car l'expressionnisme allemand me touche beaucoup.
Merci pour ta bienveillance, qui me touche.
ces histoires de "transfusion de sang" qui font qu'il estime que la femme est à elle...
Dracula, en fait, c'est le père incestueux, et la mère se refuse à voir la réalité en face.
Le père (enfin, toute la famille) provocant lui-même l'hystérie de la fille, ces "langueurs" dont il fallait les "soigner" : la maladie de la possession : c'est tout à fait ça : objet tu es, objet tu resteras, jusqu'à en crever...
Et l'hypocrisie consistant à recouvrir tout ça d'une belle couverture d'apparences d'irréprochabilité, de pudibonderie mal placée devant l'expression de la sexualité des femmes, réveillées par ces générations de pervers... Youpi !
rah.
c'est bien ce que tu dis d'ailleurs :
"Finalement, c'est en sauvant sa mère que Lucie meurt de la dernière attaque du vampire... toujours victime, cette fois de son dévouement filial, lequel causa des dommages innombrables chez les jeunes filles de ce temps-là.."
Moi qui aie une grand tante qui mourut de tuberculose, sa mère sèche comme un coup de trique, et un lourd passé d'incestes "secrets de famille",
je m'estouffois de rage et d'indignation...
mais ça va passer !
Pas étonnant finalement que ce romain date du 19ème...
bisous.
tin, on aurait bien besoin de superhéros en ce bas monde...
Qui protège les faibles ici bas ? pas le commun des mortels, en tous les cas, celui là il préfère le déni et le silence : à ce propos je viens de finir un eskellent thriller qui s'appelle "la splendeur du péché" de Nancy Geary.
Je le conseille aux amateurs (et aux autres).
biz
epi ya tout, là dedans, finalement : femme abusée deviendra femme "abusante" sur les enfants et les ramène "au père", ou ferme les yeux sur les dérives...
La bourgeoisie a cela de pire : les apparences.
le film "festen" est génial pour ça !
tiens, ça me rappelle quelque chose... rougn.
vivre dans les apparences depuis sa plus tendre enfance, ya pas plus destructeur.
Et curieusement, ma mère qui en voulait à sa propre mère de ce qu'elle était dans les apparences sociales, a pourtant poussé le vice à amener les apparences jusque dans notre cercle intime, papa maman les gosses.
Et c moi qui aie failli en devenir dingue...
donc non, je vais pas te contredire, ma Trollette adorée !
;-)))
robisous aux deux.
(je vais être trèèèèèèèèès lucide : ch'uis qu'une crâneuse ! WOUARF !)
Et moi j'ajoute que ça ne les empêche pas, bien au contraire, de profiter à fond de tous les petits moments de répis comme de papoter autour d'une madeleine et d'une boisson à son goût, histoire de reprendre des forces et continuer à voir (à défaut de boire ! hihi!).
j'adore les madeleines !
La bonne compagnie, on la trouve, on la trouve, à force de farfouiller sur le net, non ???
finalement il y a plus de bonne compagnie que d'épingle dans une botte de foin, ce qui est tout de même une bonne nouvelle !
robisouuuuus à vous deux !
et aux z'otres aussi...
ça me fait un peu cet effet là, ce café littéraire blougg ! moi aussi chu bien contente des errements internet de la trollette qui nous amène dans des jardins persos vraiment très très intéressants.
Décidément je trouve que le net, ça "rapproche"... plus que la vraie vie, pour ma part...
chaipo comment ça se fait, on trouve plus de perles que de coquilles d'huitres vides...
enfin, quoique, ça dépend où...
mouarf ! j'ai souvenir d'un forum ouske c'était limite l'inverse, n'est-il pas ma trollette ?
bon, un thé, à ct'heure, c'est encore le mio : avé deux madeleiiiiines, et pas de Proust !
Pour en revenir à Dracula, je trouve vraiment que ya référence "familiales", voui comme dans tout mythe, finalement.
Fo que j'en parle à mon frère, lui qui m'a souvent dit être fasciné par les vampires...
bisous et bonne soirée.
Free> l'avantage du net, c'est aussi que tu peux faire le tri, ce qui n'est pas toujours évident dans la vie... du coup, tu ne t'intéresses qu'aux personnes qui te plaisent et tu délaisses ceux qui ne t'intéressent pas, du moins pour les blogs. Les forums, je ne connais pas et n'ai pas très envie de connaitre depuis que je me suis fait détruire la tête sur l'un d'eux sans que je n'ai rien demander...
Quant aux vampires, je ne cessais de rêver que j'en devenais un, gamine... c'est grave docteur? (oui, bon, d'accord, qui c'est qui piquait tous les magasines d'horreur de son père alors qu'elle n'avait pas 7 ans?)
Je trouve très intéressante ton analyse sur la condition féminine telle qu'elle est dévoilée dans le livre, que je n'ai pas encore lu. Autant dire que ta note m'en donne très très très envie.